Je suis un bobble head vivant.
La grosse tête, et tout…
Dans l’édition de cette fin de semaine du journal Le Devoir, Louis Cornellier signait une touchante critique (touchante pour moi) de Douce moitié, et comme je n’ai aucune pudeur, je la reproduis ici en partie, et ma tête ne passe plus dans le cadre d’une porte de garage.
Ça dit ceci :
« Le jeune romancier Matthieu Simard est un auteur à la fois franc et déconcertant. Carré et oral, son style semble être celui d’un tâcheron, mais il suscite l’intérêt avec une rare efficacité. Terre à terre, les univers qu’il met en place semblent nous enfoncer dans la banalité, mais c’est pour mieux en faire ressortir la seule gravité qui nous laisse perpétuellement sans repos, c’est-à-dire celle du quotidien. Sorte de Bukowski québécois version soft, Matthieu Simard, selon le titre de son premier ouvrage, se complaît dans les échecs amoureux et autres niaiseries, et ça commence, toujours l’air de rien, à donner une oeuvre qui dit, avec un brio naturel, le désarroi d’une certaine jeunesse contemporaine.
Ça sent la coupe, son roman précédent, racontait la passion du hockey, le goût des femmes de même que les grandeurs et misères d’une gang d’adolescents attardés, égarés dans le monde des adultes. Entre la recherche du sens et de l’amour vrai et le désir de l’indifférence et de la baise facile, les personnages de ce roman, entre deux bières, ne faisaient pas grand-chose, sinon chercher par où commencer à réfléchir à leur vie. Du vide existentiel d’une jeunesse québécoise somme toute privilégiée, Simard faisait une oeuvre à la fois énergique et déboussolée qui évoquait un désir de quête… en quête de la direction à suivre.
Petite fantaisie amoureuse qui oscille encore une fois entre la gravité et la légèreté, entre l’engagement et le goût paresseux du réconfort, Douce moitié se présente comme un « demi-roman », petit format à l’avenant, dans lequel le narrateur de Ça sent la coupe – Matthieu Simard – se lance à l’assaut de la maturité avec l’arme la plus immature qui soit, celle du conte de fées.
[...]
Et il y aura, dans Douce moitié, récit de la mise en scène de cette demande en mariage, un peu d’Alexandre Jardin mais surtout beaucoup de Matthieu Simard, car il s’agit bel et bien d’une sorte de conte de fées mais qui refuse la dictature du second degré que toute une culture – populaire ou savante – nous impose pour faire intelligent. Simard, c’est sa force, est très premier degré. Quétaine, cette fois-ci, en le sachant et sans en rire parce que c’est aussi ça, l’amour tel que les humains le vivent. Pas de banalité romancée, donc, mais un roman de la banalité, même dans ses manifestations les plus exubérantes. Simard, on l’a dit, est franc, toujours, et ça fait du bien, et ça fait une oeuvre parce qu’il a su inventer un style pour cette franchise qui, contrairement à ce qu’on croit, n’est jamais donnée.
« L’angoisse m’habite depuis toujours », avoue-t-il. Et, comme pour donner une des clés de son oeuvre, il ajoute : « J’écris petit, petit et sec, violent. Je bégaye un peu, ça me pique tout le temps, j’ai peur que l’étiquette de mon chandail soir sortie. [...] Chaque jour, c’est pareil, chaque jour, c’est un combat contre tout, contre tous. » Petit récit de transition, hors-d’oeuvre sans portée réelle qui n’a pas la force de Ça sent la coupe, Douce moitié – un « demi-roman », rappelons-le – reste néanmoins l’oeuvre d’un jeune romancier atypique et prometteur qui n’a pas fini de nous étonner. »

25 avril 2005 à 1:57
Est-ce qu’il y a quelque chose de plus satisfaisant au monde que de faire ce que l’on aime dans la vie et qu’en plus de sentir que ce qu’on fait est compris et aimé? Ça doit être pour toi un vrai bol de bonheur. Bravo :)
25 avril 2005 à 6:43
Tu récoltes ce que tu sèmes…
On te lit parce qu’on t’aime!
25 avril 2005 à 18:52
Wow! Critique élogieuse… tu la mérite! J’ai acheté “Douce moitié” en fin de semaine, et il est terminé. (Dommage!) J’ai beaucoup aimé!!
Continue de nous faire vivre des moments de bonheur avec tes maux (mots).
P.S.: Le gène “question/sous-question/sous-sous-question” est prédominant chez la femme. Qui l’eût cru!! ;)
25 avril 2005 à 20:57
“Sorte de Bukowski québécois version soft” pas si mal comme compliment!
26 avril 2005 à 17:03
Bobble head ou pas, cette excellente critique est méritée!
J’cré ben que le ‘’Bukowski’’ rachête le ‘’Alexandre Jardin’‘!