Chapitre 3
Le mardi 14 octobre 2003
Canadiens 5, Capitals 1
Je sais pas pour vous, mais moi, j’ai déjà commencé à défaire le papier doré qui recouvre les bouchons des bouteilles de champagne.
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Ce soir, Julie voulait aller au cinéma, le cinéma pas cher du mardi, voir un film de filles. Avec moi. Le soir d’un match. À quoi elle pense ?
— Tu veux que je manque un Méchant Mardi Molson Ex ?
— C’est quoi ça ?
— Je sais pas, c’est comme ça qu’ils appellent les matchs du mardi, maintenant.
— Ils pourraient pas appeler ça « la game de mardi », comme tout le
monde ?
— J’sais pas. Tant qu’à moi, ils auraient pu appeler ça les Maudits Mardis Morons, ça aurait rien changé. Pis ça justifierait que c’est Jacques Demers qui parle pendant les entractes.
— T’es nono.
— Moi ça ?
Contourner l’idée, dire des niaiseries pour qu’elle me dise que je suis nono, c’était mon plan pour qu’elle oublie le cinéma. Mais non. Bien sûr.
— Es-tu prêt ? Faudrait partir dans cinq minutes.
— Cocotte, tu le sais que je veux pas manquer la game…
— Me semble qu’on fait plus jamais rien ensemble.
— C’est pas vrai, ça.
— Ah oui ? Qu’est-ce qu’on fait ensemble ?
— Ben, on est allés voir les minous au pet shop la semaine passée.
Et c’est à ce moment-là que ma sœur a décidé d’interrompre la conversation d’un petit coup de téléphone, comme si elle avait deviné que je venais de dire une autre niaiserie. Dring.
— Le frère, passe-moi ta blonde.
— Bête de même ?
— Passe-moi ta blonde.
Elle ne le savait pas, mais ma petite sœur venait de m’aider, bête de même. Elles ont parlé pendant une bonne demi-heure, c’était pleinement suffisant pour qu’il soit trop tard pour le cinéma. M. Julien, ce n’est pas ce soir que je vous trahirai.
Je ne sais pas ce que ma sœur voulait, pourquoi il fallait tant qu’elle parle à Julie, et à vrai dire, je m’en fous profondément. Pendant qu’elles parlaient, je mangeais des biscuits soda, alors je n’entendais pas grand chose. Et de toute façon, c’est pas de mes affaires.
— Qu’est-ce qu’elle voulait ?
— C’est pas de tes affaires.
— C’est ce que je me disais.
Je l’aime, Julie. Elle est toujours prévisible, toujours coquette, toujours compréhensive.
— Pis lâche les biscuits soda, on a pas soupé encore.
— On aurait pas plus soupé si on était allés au cinéma.
— On aurait pu manger du pop-corn.
— Veux-tu écouter la game avec moi, chérie ?
— Oui, je peux ben faire ça.
— Vas-tu me faire une pipe au premier entracte ?
— Non.
Prévisible.
— Pis si je t’amène au cinéma demain soir ?
— Ok.
Prévisible. Et agréable.
N’empêche, il y a quelque chose de très ramollissant à se faire sucer pendant que trois nobodys essaient de lancer des rondelles dans un filet désert pour gagner un million de dollars. Alors j’ai éteint la télé, le temps d’être allumé.
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Pour montrer à Julie que je l’aimais, j’ai écouté Loft Story avec elle, la reprise de 11 h. Et on s’est couchés, heureux les deux, paisibles les deux.
