Archive de la catégorie 'La vie de...'

02 _ Six jours plus tard

Mardi 25 novembre 2008

Il y a eu ce gars qui m’a demandé un orthographe, cette caissière qui ne voulait pas vendre mes livres et les changeait pour d’autres, ces chasseurs de signets sauvages qui ne remerciaient personne, cet homme dans la cinquantaine qui ne savait pas ce qu’était un film pornographique, cette sécheresse poussiéreuse, ces prénoms qu’on a dû m’épeler lettre par lettre (dites-moi, qui prénomme sa fille Sunny-Kay?), ces personnes qui me demandaient l’emplacement du stand 411 ou l’horaire de Bryan Perro, ces gens qui voulaient que je dédicace un livre écrit par un autre, ces parents qui commençaient à lire le titre de mon premier épisode à voix très haute et qui, au milieu du mot «pornstars», baissaient terriblement le ton et s’en allaient, cet article dans le Journal de Montréal qui parlait de Mathieu Sicard, cette incapacité à décrire Pavel en moins de 10 minutes, cette personne dont j’ignorais si elle était un gars ou une fille et qui a eu le malheur de s’appeler Gabriel (ou Gabrielle), cette éditrice qui m’a embrassé en me disant «Salut Steve!». C’est pour ça que j’adore les salons du livre. Ces choses-là ne s’inventent pas. Et ces choses-là n’arrivent pas dans mon bureau.

05 _ La genèse de Pavel

Mercredi 15 octobre 2008

C’était il y a deux ans, au Salon du livre de Montréal. J’étais en pleine séance de dédicaces, et elle n’avait pas voulu me déranger. Elle m’avait juste donné sa carte, en me disant qu’elle avait quelque chose à me proposer. Quelques jours plus tard, on avait déjeuné près de son bureau, et en deux morceaux de patates, j’étais convaincu. «Comme une série de télé à lire», avait-elle dit. «Treize épisodes, 6000 mots chacun», avait-elle dit. «À part ces restrictions-là, tu fais ce que tu veux». «Oui», avais-je répondu.

Depuis ce jour-là, on s’est échangé 384 emails, on s’est parlé au téléphone pendant environ 35 heures, en personne pas mal plus longtemps. Depuis ce jour-là, j’ai écrit, réécrit, désécrit, corrigé, raturé, douté, souri, gueulé. J’ai fait respirer Martin et ses angoisses, Anouk et ses déchirements, Pavel et ses mystères, et un paquet d’autres personnages.

Et maintenant, deux ans plus tard, je vous présente ma fierté : Pavel. Le premier épisode s’intitule Plus vivant que toutes les pornstars réunies, et il sera disponible en librairie et dans les Couche-Tard dès lundi prochain (mettons mardi, pour être sûr…). Les douze autres épisodes suivront à raison d’un par deux semaines, pendant six mois.

06 _ Fait vécu

Dimanche 5 octobre 2008

Ça se bécote dans la file d’attente. Une petite grassette beaucoup trop maquillée et un pas très grand intello maigrichon. Petit bec avec petit peu de langue, petite caresse, le parfait bonheur qui s’enbulle doucement en attendant que la file avance, que le guichet se rapproche. On est au cinéma, samedi soir, et il y a du monde en quantité qu’on peut qualifier de trop. Ils sont heureux, mais la file n’avance pas très vite. Ça les désenbulle un peu. Les sourires et les câlins font place à une légère frustration. Rien de trop grave, juste une petite distance nouvelle, un pouce arrière. Caresse discrète. Sourire léger. Cinq minutes passent. La fille s’impatiente derrière son maquillage. Les sourires disparaissent, le bécotage aussi. «Je peux pas croire qu’on est en train de rater Loft Story pour ça», dit-elle. Le gars ne bronche pas. Cinq autres minutes passent. Ils arrivent enfin au guichet. La fille semble maintenant excédée, pour une raison qui m’échappe. «Bon, c’est quoi ton film, là ?» demande-t-elle sur un ton qui effraierait Freddy. Son chum sourit brièvement. On le sent mal à l’aise. «Ce qu’il faut pour vivre», dit-il.

Dix piasses qu’en sortant du film, ils ont cassé.

07 _ Teaser

Jeudi 2 octobre 2008

Bon ben si c’est rendu qu’on tease tout plein, je vais teaser aussi. Voici: le 21 octobre. Aaaah. Vous êtes teasés, là. Oui oui, vous l’êtes.

Je ne peux rien vous dire de plus, mais retenez bien la date. Ou pas. Moi je la retiens, en tout cas, et sans même devoir l’inscrire à l’agenda que je n’ai pas. Il faut dire que je l’attends depuis presque deux ans, ce jour-là. Deux ans que j’ai passés à travailler là-dessus. Et ce n’est même pas terminé, il m’en reste encore un peu à faire. Alors vous imaginez bien que toute cette histoire de teaser et d’obligation au silence et de cachotteries me tord l’intérieur. Je suis impatient. J’ai envie d’en parler. J’ai envie que plein de monde sache. Je suis comme ça. Comme un enfant. Et je n’aime pas les petits trips aléatoires d’agences de pub. Je crois rarement aux teasers, à moins d’avoir des moyens bigantesques.

Mais bon, très bientôt je pense, la semaine prochaine peut-être, j’aurai le droit d’en parler plus en détail. Et je vous dirai tout, absolument tout, comme ça vous saurez. Et au bout du compte, ce qui compte vraiment, c’est ceci : le 21 octobre.

10 _ Nicolas B.

Dimanche 21 septembre 2008

Ça a commencé un dimanche, évidemment. C’était le soir de ma troisième participation au cabaret des Auteurs du dimanche, il y a quelques années, quand c’était à l’Intrus. Mon premier livre venait de sortir, tu l’avais lu. Grand blond de même pas 18 ans, timide à mort, tu m’avais dit que tu aimais ce que je faisais. Ça m’avait touché. Le dimanche suivant, on s’était salués. Tu étais trop poli, trop bien élevé pour être de ta génération. Puis il y a la fois où, sans savoir que c’était toi, je t’avais écrit pour te féliciter d’un texte sur ton blogue, dans lequel tu vidais tes tripes. Je m’étais senti épais quand tu m’avais dévoilé ton identité. Puis il y a la fois du show à Juste pour rire, quand tu ne voulais tellement pas me déranger que tu n’as jamais osé venir me parler. La fois où tu m’as demandé d’être interviewé pour le travail d’école de ton amie. La fois où je t’ai dessiné un bonhomme-allumettes, au lancement de Llouis. Les quelques fois où on a jasé sur MSN.

Et il y a la fois où ta mère m’a écrit pour m’annoncer ton décès. Crisse de cancer.

15 _ Tout le monde

Mardi 16 septembre 2008

J’ai déjà vu tout le monde. Dans la rue, sur le trottoir, au comptoir d’un Second Cup, sur une chaise de restaurant, sur un stage de danseuses, au salon du livre, dans un party privé, partout. J’ai vu tout le monde qu’il y a à Montréal. Je marchais ce matin sur l’avenue des Pins, et chaque personne que je croisais, je l’avais déjà vue quelque part. J’ai une mémoire fantastique pour les visages. Et une mémoire atroce pour les identités. Je vous ai tous vu un jour, et si je vous voyais aujourd’hui, je saurais que je vous ai déjà vu. Mais je n’aurais pas la moindre idée de qui vous êtes. C’est comme ça. Et c’est assez frustrant, parce qu’il y a des gens, dans la vie, qu’on est supposé reconnaître. Des gens importants, des gens qui comptent, ou ont compté. Et moi je fais comme si je ne les avais jamais vus, parce que c’est trop compliqué de leur dire je t’ai déjà vu mais je te reconnais pas. Surtout si c’est mon frère, par exemple. C’est pour ça que, day in day out, je détourne le regard. Parce que vous et moi, on s’est malheureusement déjà croisés.

200 mots par jour pendant 20 jours

Mercredi 10 septembre 2008

C’est impossible, que je me dis. Je n’y arriverai pas. C’est trop de mots, trop souvent. Pourtant, je l’annonce maintenant, comme si c’était une certitude. 200 mots par jour pendant 20 jours. Exactement 200, ça c’est un jeu. Exactement 20 jours, ça c’est l’impossible que je vais rendre possible (ou pas). Mais pourquoi? Parce que j’ai envie de me tordre les doigts plus que d’habitude. Parce que ça kickstartera ma journée de travail, ça me réveillera l’écrit et l’esprit pour quelques heures de vrai travail hautement nécessaire, vaguement obligatoire. Parce que peut-être que deux ou trois bonnes idées naîtront de ça, grandiront tranquillement, deviendront quelque chose de plus gros, ou de plus petit, ou de moins vague ou de plus beau. Mais bon, c’est un démarreur, pas un moteur. Ce que vous lirez ici, ce n’est rien. Comme d’habitude. Que du jeu, des essais, des ploufs qui éclaboussent rarement, des ramassis de lettres qui massent le cerveau. Des jokes, des drames, des dialogues, des scènes, des opinions mal étoffées, pas étoffées. Et du chialage, évidemment, parce que les blogues me tannent plus que jamais, les blogueurs encore davantage, le mien en particulier, moi encore davantage. Allons-y, donc. Voici 200 mots.

426?

Mercredi 13 août 2008

Je me suis levé pour aller aux toilettes, et je me suis dit, dans ma tête, «426», comme si c’était quelque chose que je devais retenir pour quand je reviendrais des toilettes. Sur le chemin des toilettes, je me suis répété 426 une vingtaine de fois à voix basse, sans vraiment y réfléchir. Dans la salle de bain, je me suis demandé ça voulait dire quoi. Aucune idée.

De retour à mon bureau, je n’ai trouvé aucune référence, aucun signe, aucune mention de 426.

Je suis perdu. Je ne comprends rien.

Pourquoi? Où? Qui?

Aucune idée.

Combien?

426.

Le 6371, rue Drolet

Mardi 1 juillet 2008

La nuit dernière, à 4h47, j’ai fermé pour la dernière fois la porte de l’appartement que j’ai habité pendant huit ans. Là où tout est arrivé. Là où j’ai écrit tous mes livres, les pieds sales traînant sur le mur derrière mon bureau. Là où j’ai passé des nuits blanches à stresser à cause de l’entevue du lendemain. Là où j’ai parlé pendant des milliers d’heures au téléphone, des millers d’heures à l’ordinateur, des milliers d’heures les yeux dans les yeux. Là où j’ai cuisiné quatre fois. Là où j’ai eu trop chaud, trop froid. Là où j’ai grandi, tellement grandi, là où je suis devenu quelqu’un, quelqu’un à l’intérieur. Là où tout est arrivé.

Il y a huit ans, j’étais :

• Un jeune homme perdu
• En train de commencer une carrière en publicité, avec la certitude que c’était ma vocation
• Mal dans ma peau
• Incapable de résoudre un cube Rubik
• Un parmi des milliers à avoir l’intention d’écrire, un jour, un roman
• Effrayé à l’idée de regarder quelqu’un dans les yeux
• Un enfant
• Habité par la peur de me planter
• Pas conscient de la chance qui m’entoure depuis toujours

Ces huit ans m’ont fait du bien.

Merci, 6371, rue Drolet.

De la fraîcheur des poissons

Mercredi 14 mai 2008

Et le poisson puait dans tout l’appartement, en vagues, en marées, et je me noyais dans l’odeur, et je toussais, et je hurlais que mes poumons étaient en train de fondre. Le poissonnier, lui-même plutôt puant, m’avait pourtant vanté la fraîcheur de l’animal, qui avait apparemment expiré sa dernière gorgée d’eau salée quelque deux heures plus tôt. Frais frais frais, avait-il dit. Et moi je l’avais cru, ne connaissant pas le domaine du poisson plus que les poissons ne connaissent le domaine du moi. S’il est mort il y a deux heures, il est frais. Sur le coup, ça m’avait semblé logique.

Mais alors que mes voies respiratoires saignaient, qu’une épaisse fumée se dégageait de l’intérieur de mon nez et que mes yeux s’aveuglaient, je n’étais plus sûr. La mort des poissons pour déterminer leur fraîcheur, tout ça me semblait bien louche.

Après tout, je connaissais plein de gens qui n’étaient plus frais depuis longtemps, et qui étaient encore en vie.

Mon poisson, avant de mourir, avait dû être un vieux chiâleux fatigant.

Pas fou

Mercredi 30 avril 2008

— Je jouais au ballon-balai depuis 17 ans, mais là j’ai pris ma retraite…
— Pourquoi? Ils ont arrêté de fabriquer de l’équipement?

Blip

Vendredi 21 mars 2008

Alors quand tu es en train d’écrire une histoire vraiment romantique, toute cute, l’histoire de deux ados qui retombent en amour après avoir été séparés, et que tu es vraiment dedans, tu y crois, tu es un peu ému, et que là, blip, tu as un nouveau email, et tu vas voir le email, et c’est un spam et l’expéditeur c’est «Anal Fuck», ça casse le beat un peu.

Ah comme le printemps a printempé

Vendredi 14 mars 2008

Je me suis levé d’un pied neutre, ne sachant rien de l’état du monde, de la température extérieure ou des courriels que j’aurais dans mon n’inbox. Après avoir bien frotté ma blépharite chronique, j’ai réveillé mon ordinateur d’une petite caresse sur la souris, ah la la comme je suis tendre, je sais. Le monde était dans un état toujours aussi louche, le soleil était merveilleusement chaud sur l’icône de Météomédia, et mes courriels étaient aussi nombreux que peu palpitants. La journée s’annonçait belle.

L’avantage d’être travailleur autonome, ou d’être en vacances depuis des années, ou d’être simplement paresseux, c’est qu’on peut, au lever, décider qu’on ne fera rien de productif, et qu’on va plutôt aller se promener. Ce que j’ai fait. J’ai enfilé mes plus beaux bermudas, mon t-shit «I bought Christopher Reeve’s wheelchair on eBay», et mes sandales qui datent des années 90, et je suis sorti. Le soleil était à la hauteur de ce que m’avait promis Météomédia, chaud et fort et plein de rayons. L’air était un peu frais, juste assez pour ne pas transpirer à torrents, juste assez pour que mes poumons se sentent en santé. Un vent doux flattait mes avant-bras et mes mollets, et je marchais lentement, tellement lentement, comme si chaque pas pouvait être mon dernier, de cette lenteur qui, seule, permet d’apprécier la douceur d’un printemps romantico-cool.

Je me suis arrêté sur le trottoir pour caresser le toutou de la voisine, qui promenait la voisine de poteau en poteau. C’était un matin paisible, plein d’une chaleur qui s’osmose depuis l’air jusqu’à la moëlle. J’avais faim. J’aurais pu aller au petit resto du coin, mais non. Il faisait trop beau, j’ai voulu aller loin, le plus loin possible, pour déjeuner. N’importe quelle excuse pour monter dans la voiture, baisser le toit, et me promener longtemps, doucement, les cheveux au vent et les coups de soleils plein le visage.

En traversant la rue pour me rendre à la voiture, ma jambe est restée coincée dans un banc de neige, et la souffleuse me l’a broyée.

Maintenant, il ne me reste plus qu’une sandale.

C’est fâcheux.

La taille de mon engin

Mardi 4 mars 2008

Eh ben eh ben.

J’ai reçu un email d’un certain German Sheppard, qui s’intitule «The person had an attractive face». A priori, je ne connais pas ce monsieur Sheppard, mais je croise tellement de monde dans les salons du livre, peut-être l’ai-je simplement oublié. Je suis piqué de curiosité. J’ouvre le courriel. Un homme de peu de mots, ce German. Pas de formule de politesse, pas de bonjour Matthieu, pas de te souviens-tu de moi, pas de Hey big, on a brossé aux danseuses la semaine dernière.

Straight to the point, le Shep. Il m’écrit : «Day dreaming of ladies being in awe of your size? Make it happen today!» Alors je me dis que oui, il a bien fait de ne pas mettre de formule de politesse, parce qu’avec un propos aussi fort, aussi bien défini, il vaut mieux oublier le flafla et m’interpeller directement avec ce qui m’intéresse vraiment. Parce que oui, je daydreame depuis des années que les demoiselles soient bouches bées devant ma dimension. Ça vient me chercher, ce message. En plus, en lisant ça, au début je me suis dit que ça serait cool, mais que ça ne pourrait certainement pas arriver avant demain ou après-demain. Mais non. Aujourd’hui, dit-il. Aujourd’hui même. Vous vous rendez compte?

Je suis emballé.

Mais quelque chose cloche. Dans le titre du message, G Boy mentionne quelqu’un qui avait un visage attirant. Avait. Que s’est-il passé? Quel accident l’a défiguré(e)? Ça me trouble. Comment puis-je apprécier tout ce awe que les dames auront en voyant l’ampleur de mon monsieur si je ne sais pas ce qui est arrivé à la personne à l’ex-visage cute?

Je suis déballé.

Alors j’ai simplement répondu : «What happened?» J’attends une réponse sous peu. Je vous tiens au courant.

Comme une odeur de poisson (musclé)

Vendredi 29 février 2008


Alors j’ai mangé une canne de thon.

Je n’aime pas le thon.

J’ai vomi un peu dans ma bouche.

C’est ce qui arrive quand on écoute les conseils des autres. On se retrouve à faire des choses qu’on sait inutiles, ou haut-le-cœurisantes, juste parce que bon, si ça marche pour d’autres, pourquoi pas pour nous? La foi aveugle, l’effet placebo, tout ça ne vaut pas le caramel. Qu’on se le tienne pour dit, le caramel, il n’y a que ça de vrai.

Bon, c’est pas tout, ça. J’ai un écran à regarder sans faire quoi que ce soit.