Archive de la catégorie 'La tête de...'

17 _ Essence

Samedi 13 septembre 2008

Pendant que d’autres magasinaient leur essence de coin de rue en coin de rue, à la recherche de la station-service qui offrait le litre un demi-sous de moins que les autres, Georges s’empressa de stationner sa voiture à la pompe la plus proche. Celle qui offrait le litre de super-top-sans-plomb-mais-plein-d’additifs à 35 sous de plus que la pompe à côté. Pas que Georges soit plus riche que d’autres. Seulement, il se disait que tant qu’à payer cher, autant payer encore plus cher, et se sentir obligé d’en profiter pleinement. Pas question, pour Georges, de rouler sans s’en rendre compte, par obligation, les yeux endormis et le cerveau enfumé. Ça, ça serait dépenser inutilement. Alors que Georges twistait son bouchon jusqu’à trois clics, il s’imagina la meilleure route à prendre. Celle avec le moins de voitures, le plus de courbes. 74,07$, disait l’écran orange de la pompe bleue. À ce prix-là, Georges n’avait pas le choix. Il fallait conduire comme un malade, s’amuser comme un enfant, imaginer sa voiture en manège, son reçu de pompe en billet de la Ronde. Georges enfila ses gants, démarra le moteur, et conduisit comme un câlisse de malade pendant des heures, le sourire aux lèvres.

18 _ Jasette

Vendredi 12 septembre 2008

— Il fait froid, tu trouves pas?
— Ça dépend.
— Comment ça, ça dépend? Ça peut pas dépendre. Soit il fait froid, soit il fait pas froid. Non?
— J’ai pas froid.
— Penses-tu qu’il va neiger tôt, cette année? Moi je pense qu’il va neiger tôt. Début novembre. Peut-être même avant. Pas de la vraie neige, là, mais de la neige quand même. De la neige comme… Tu sais quand ça te pince le visage, mais que ça tombe pas blanc? Cette neige-là. On va avoir ça en novembre, je pense.
— ...
— Je me souviens plus si mes bottes sont encore bonnes. Je vais vérifier.
— ...
— Mais pas tout de suite, j’ai encore le temps. En plus, la neige qui pince, elle reste pas. On a pas besoin de bottes quand il neige pas blanc. Tu trouves pas?
— Je sais pas.
— Un parapluie, par contre, ça aide. Ça pince moins. Il faut que tu le tiennes penché, par exemple, parce que cette neige-là, elle tombe pas vraiment. Elle tombe horizontale, à cause du vent. Pis en plus, quand il vente, ça arrive que ton parapluie se revire à l’envers. T’as l’air fou quand ça arrive.
— Pis t’as peur d’avoir l’air folle?
— Ça dépend.

19 _ Hiver

Jeudi 11 septembre 2008

C’était un vendredi. L’air était transparent, la neige faisait des bruits de chips sous les semelles et le bout de mes doigts était bleu noir mort laid. La veille, j’avais bu une bouteille de Fanta au raisin qui m’était restée juste ici, barrage de bulles qui admirent l’arrière de mon sternum. Puis tu m’avais appelé, désemparée, du vent dans la voix et des larmes sous les mots. J’avais tenté de te rassurer, mais tu n’avais pas besoin de ma douceur. Tu voulais que je me déplace, que je t’aide en vrai, en personne, les yeux qui se touchent. On ne s’était pas vus depuis deux ans, pas parlé depuis autant. «Viendrais-tu me booster?», tu as demandé, et j’ai accouru, évidemment. Je n’ai pas réfléchi, même pas pris mon manteau, j’ai sauté dans l’auto et j’ai conduit vite. Je n’espérais rien, tu sais, mais la boule dans ma gorge au raisin devenait plus grosse. Quand je suis arrivé tu pleurais, et j’ai sorti les câbles. Rien à faire. En t-shirt dans le froid, j’ai essayé pendant des heures parce que c’était toi.

J’aurais quand même aimé que tu m’accompagnes à l’hôpital quand ils ont décidé de m’amputer le bout des doigts.

Rire et mal de cœur

Mardi 5 août 2008

Des jokes sur Tim McLean. Malheureusement drôles, les jokes. Brillantes, subtiles, des qui font rire vraiment très fort, mais avec toute la douleur de la honte. Terriblement déplacées, et pourtant, j’ai ri, en sachant que je ne devais pas. Une chance que j’étais tout seul.

Si les gens qui postent dans /b/, sur 4chan, sont le «scum of the earth», comme on les qualifie souvent, je n’en suis pas très loin. Ils ont leur langage, leur fausse apathie, leur humour tordu. Ils perdent leur temps ensemble, sans se connaître. Ils rient de tout, de tous surtout. Rien ne les dégoûte, pas la moindre nausée, pas la moindre retenue. Aucun échange ne peut aller trop loin, aucun sujet ne peut les rendre mal à l’aise. Ils sont vulgaires, ils sont sans pitié, ils sont froidement assassins. Et pourtant, quand on prend le temps de fouiller un peu, de lire plus longtemps, de s’acclimater à leur univers, on se rend compte qu’ils sont loin d’être des caves insensibles. Ils sont pervers, mais brillants, tordus, mais subtils. Ce ne sont pas des enfants, pas des épais, comme plusieurs semblent penser. Je les aime bien.

Hier, ils ont débarqué sur la page Facebook à la mémoire de Tim McLean, et l’un d’eux a fait la joke la plus déchirante que j’ai lue de ma vie. Une blague tellement drôle que je me suis étouffé en la voyant, mais tellement inappropriée que mon propre rire m’a donné envie de vomir. J’ai honte de l’avoir trouvée bonne, tellement que je ne la répéterai pas ici.

Et c’est pour ça que je les aime. Parce que des fois, ça fait du bien d’être repoussé loin loin creux, de l’autre côté de ses propres limites. Des fois, ça fait du bien de perdre l’équilibre.

Soupir

Lundi 21 juillet 2008

C’est con, des fois ça me dérange pas trop, mais ce matin, à 5 h 40, ça m’irrite grrrrment.

La drôle de mécanique du dedans de ma tête

Mardi 13 mai 2008

Ça me fait penser au film Cube. Le genre de trucs que j’aime beaucoup. Étouffant un peu, claustrophopacraindrelesespacesclos. Mais ça n’a rien à voir avec ce dont je voulais parler.

Je voulais parler de Rubik. L’objet avec les couleurs, qui me frustrait tant quand j’étais petit. Les maux de tête que j’ai eus, à cause de ce casse-celle-ci. M’en suis acheté un il y a quelques jours, pour le vaincre. L’ai vaincu. Grrr. Maintenant, suis geekement obsédé par la rapidité de résolution. Suis tombé sous la barre des 4 minutes aujourd’hui. Demain, sevrage.

Bleu-orange-jaune. Avec un petit peu de noir, mais ça c’est les corps flottants dans mon œil droit.

Je vais manger un fudge, tiens.

Cette nuit

Lundi 31 mars 2008

Je m’ennuyais de Mara, j’ai tapé mara dans l’iTunes, j’ai écouté Mara, et tu es revenue. Je t’ai dans la tête cette nuit, il y a des nuages, et on ne sait pas trop si le froid nous gèle ou s’il s’en va. Sur la terre ici, il vente et tout s’éternise. Il y a des trous dans la rue, les journées allongent, mais la nuit le temps passe toujours aussi lentement, les doigts sont toujours aussi engourdis et ta magie ma manque. Ça coule sous mon évier mais le toit tient bon. Les voisins ont pelleté l’escalier tout l’hiver et moi pas, mais ça tu le savais déjà. La boulangerie est fermée, il y a du carton dans les fenêtres, et toujours pas un chat chez le plombier en face. J’écris des tounes de ce temps-ci, et je travaille sur ma BD que personne ne verra jamais, et sur mille autres choses pour éviter de travailler sur les bonnes choses, mais ça aussi tu t’en doutes, hein? Il y a toujours cette vieille dame qui marche courbée à des heures pas possibles, avec ses deux sacs de plastique, mais le gros voisin n’est pas sorti de l’hiver, je m’inquiète un peu. L’air est sec, et la poussière est partout, c’est comme ça maintenant, poussière et poils de chat, t’as pas idée à quel point j’ai hâte de déménager. Je déménage dans deux mois, tu le savais je suis sûr que tu le savais, mais je me répète, c’est parce que l’âge, tu sais. Tu aurais aimé la neige, cet hiver, tu aurais fait des milliers de bonhommes tellement que tu aurais manqué de carottes. Tu te serais cassé la gueule sur la glace, mais tu aurais ri, parce que c’est ça que tu fais, rire, magnifique rire. Je vais bien, moi. Je suis paisible, tu sais cette paix que je cherche depuis toujours, je l’ai trouvée. Des fois ça fait peur, tu sais de quoi je parle, des fois ça fait peur mais une bonne peur, et l’été va être beau. Oui, l’été va être beau.

J’espère que de ton côté, tu es à la campagne en train de faire pousser du bonheur.

Le sommeil de l’injuste

Jeudi 28 février 2008


Et si j’allais me coucher? Parce qu’après tout, j’ai fait tout ce que j’avais à faire aujourd’hui, si on oublie la portion «tout», et aussi la portion «j’ai fait». Il y a des nuits comme ça où on aimerait être capable de faire ce qu’on aime faire, et que rien ne se passe, comme si le temps était engourdi, comme si l’air était crevé.

Alors je fixe l’écran, en me disant qu’il faut bien que ça débloque, à’manné, les mots et les virgules et les accents et les points (les points-virgules on s’en crisse). Quand toutes les touches du clavier sont sales sauf celles de ton password de email, ce n’est pas très édifiant. Il doit bien y avoir une recette, que je me dis, mais je sais très bien qu’il n’y en a pas, que tout ça ne se contrôle pas, ne se conditionne pas. La musique, les livres, la méditation, la masturbation, rien n’y fait. Que des plans, que des projets, que des structures, et rien qui se répand sur l’écran sans que je m’en rende compte. C’est dommage.

Et si j’allais me coucher?

Nah. Je vais continuer à regarder l’écran. Quel bel écran.

Oui, quel bel écran.

Cerveau

Mardi 30 octobre 2007

Maudit que j’aime ça les affaires comme ça.

Précision

Jeudi 25 octobre 2007

Stéphane Dompierre dit, dans sa plus récente note :

«Quand vous complimentez un auteur en lui disant avec enthousiasme « J’ai tellement aimé votre livre que je l’ai prêté à tous mes amis », c’est exactement comme si vous disiez à un chanteur que vous avez tellement aimé son disque que vous l’avez copié pour l’offrir à tous vos amis.

NOT GOOD

Je veux juste me dissocier de ça drette là. Je ne sais pas pour les autres auteurs, et je comprends le propos de Stéphane, mais moi c’est pas ça du tout que je pense. Je l’ai toujours dit, et j’y crois fermement : je préfère avoir des lecteurs que des acheteurs, pour mille et une raisons que je n’énumérerai pas ici parce que j’ai une sieste à faire. Bref, quand on prête un de mes livres, moi ça me fait plaisir. C’est tout.

Ce que ma’me Brière lui disait s’applique plutôt bien

Jeudi 18 octobre 2007

Ici, c’est mon carré de sable, je pensais l’avoir assez répété. Un endroit où je fais ce que je veux, comme je veux, sans la moindre notion de bon ou de mauvais, mais avec toute la notion de «si ça vous plaît pas, câlissez-moi patience».

Ici, c’est pas ma job. C’est pas mon «œuvre». C’est pas mon talent, c’est pas ma mission professionnelle, c’est pas ma carrière. C’est même pas une vitrine. C’est mon coin à moi pour dire n’importe quoi n’importe comment, pour m’évader pendant cinq minutes de mon métier, de ma carrière, de mon travail. Pour rire avec moi-même, et avec ceux qui veulent partager quelques grains de sable.

Je ne passe pas mon temps, ni même une partie de mon temps, à préparer ce que je mets ici. C’est à peine un loisir, une soupape peut-être.

Et je ne dois rien à personne. En général, et encore moins ici. Rentrez-vous ça dans la tête.

Pour passer le temps que tu n’as pas

Mardi 16 octobre 2007

Des fois, tu sais, tu as envie d’écrire, ça te travaille l’estomac, quelques autres organes du coin aussi, tu dois écrire. Tu ne sais pas pourquoi ça te gruge autant, tu ne sais pas pourquoi il y a tant de pulsions dans tes jointures, tant de forces qui te poussent à pousser les petites touches. Il faut que tu écrives, tu sais, il faut que tu tapes des mots et des lettres et quelques fois des points. Mais crisse que t’as rien à dire.

Liaisons dangereuses

Mardi 9 octobre 2007

Parmi les groupes qui font t’une mauvaise liaison dans une chanson à succès :

J’adore Tricot Machine.
Je n’aime pas Mes Aïeux.

C’est comme ça, j’y peux rien.

Sur la 30 vers Sorel (endroit dont il n’est pas question dans ce post)

Lundi 24 septembre 2007

When the moon is a cold chiseled dagger sharp enough to draw blood from a stone. Ça vient d’une des tounes qui me transpercent le plus. Mais je ne sais pas pourquoi, alors ça ne sert à rien d’approfondir. C’était la pensée nocturne inutile numéro un. Un de un, probablement.

Une barque à peine rouillée (dont il n’est pas question dans ce post)

Vendredi 21 septembre 2007

Écrire fait-il mal ? Oui, si avant de s’installer pour écrire, on s’est décâlissé l’épaule lors d’un match de ballon-balai.

J’écris donc dans la douleur, voyez comme je suis un héros. C’est d’ailleurs ce que je disais à la jeune fille en détresse qui venait d’être impliquée dans un accident d’automobile, couverte de sang et de charbons ardents, et qui me demandait de l’aide. «J’écris en ayant mal à l’épaule, tu trouves pas que j’en fais déjà assez», que je lui disais. Elle a vite compris, j’en suis sûr, puisqu’elle s’est endormie, sans doute apaisée par ma bravoure.

À une autre époque, j’aurais sans doute appelé le 911, mais là, avec ce forfait appels entrants illimités, je n’ose plus appeler personne, je préfère attendre qu’ils appellent. Somme toute, il est assez rare que le 911 nous appelle de lui-même. Ils ont d’autres chats sur la planche, j’imagine.

J’ai donc passé mon chemin, me demandant pourquoi je courais tant les lancements ces jours-ci. Je me suis dit que c’était sûrement parce qu’il y en avait plus ces jours-ci que d’habitude. Je suis superspicace. Trois en dix jours, Gaumont-Dompierre-Urbania, ça fait beaucoup pour moi qui préfère d’ordinaire les événements moins sociaux, du genre «rabais sur le trio MacPoulet».

J’ai faim.