Archive du mois de décembre 2010

En empilant des couleurs

Jeudi 23 décembre 2010

Tout à l’heure, en pleine période de ce qui serait terriblement absurde si je n’avais pas un fils de 20 mois, j’empilais des bouts de papier de couleur en les comptant à voix haute. Le petit bonhomme, qui, a priori, ne sait pas compter, m’a sorti très clairement un «quatre», un «huit» et un «douze», empli d’une conviction que seuls ceux qui ignorent les malheurs gouvernementaux actuels peuvent se permettre.

La question se pose donc : les garderies mettent-elles de l’avant pour les groupes des 18 mois un programme axé sur les multiples de quatre?

Ma réponse : ça doit.

Chokage

Jeudi 23 décembre 2010

Il y a quelques années, je m’étais promis d’arrêter ça. Arrêter d’aller là où je ne veux pas aller, arrêter d’erresvéper n’importe quoi juste parce qu’«il faut». Puis, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas arrêter. Parce que là où je ne veux pas aller, il y a le monde, l’extérieur à affronter, et que, des fois, on y rencontre des gens importants. J’ai compris que quand «il fallait», ça voulait dire qu’il fallait. Alors j’ai continué à fréquenter ces événements où il y a des gens. C’est dur, pour moi, ça l’a toujours été. J’ai peur des regards, du jugement, des mots qui pourraient sortir croche ou, pire, pas du tout.

Ce soir, c’était le party de Noël de mon agent — cet homme formidable qui me fait oublier qu’il y a eu, un jour, un «avant que j’aie un agent». J’avais prévu y aller. Pour vrai. Je savais ce que j’allais porter. Mon frère était réservé pour garder l’amourable petite chose vivante qui sait chanter les cinq premiers mots de Petit Papa Noël, et qui finit par répéter «quand tu» à l’infini comme un disque rayé.

Quand mon frère est arrivé, je me suis dit que je n’avais plus le choix, je devais aller au party. Et puis, en une heure, j’ai dérapé. J’ai fait une rechute, et j’ai cru que j’avais le droit de choker, de faire ce qui me tentait et, par conséquent, de ne pas faire ce qui m’effrayait. Je suis resté chez moi. Avec mon frère et le petit être remueur d’intérieur qui compte jusqu’à deux en disant «un, un autre».

Ça devrait me faire du bien. Soulagement d’éviter des malaises répétés dans un party où je suis le nobody. Mais tout ce que ça me fait, c’est comprendre — une fois de plus — qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie et que, quand on le fait, on finit toujours par se sentir coupable.

Gypse

Mardi 14 décembre 2010

En écoutant Les Pauvres, neuf minutes et vingt-trois secondes de bonheur impur, puis Glory Box, cinq minutes et six secondes génératrices de mal de tête enivrant, je me suis rappelé qu’il n’y a pas si longtemps, j’étais ignorant. J’allais au Réno-Dépôt et je ressortais avec trois piasses et quinze de menues cochonneries, content d’avoir tout acheté ce dont j’avais besoin. Les locataires sont comme ça : exclusivement consommateurs, dans les centres de rénovation, de menues cochonneries. La section du fond, celle qui sent le bois, me semblait le royaume d’un autre peuple, aux pantalons sales et au langage mystérieux.

Puis j’ai acheté un duplex et la vie a changé. Je n’entre plus au Réno-Dépôt sans panier. Je n’en sors plus sans devoir plier la facture en 6 pour qu’elle fitte dans mon portefeuille. J’ai posé le pied droit tout près de la section du fond, celle qui sent le bois.

Il y aura toujours quelque chose à faire. Quand tout est parfait, quelque chose est toujours un peu moins parfait. La poignée de change qui traîne sur mon bureau devient maintenant une ressource allouable à l’une ou l’autre rénovation qui viendra dans un jour, un mois ou deux ans.

Là, c’est une garde-robe, dont la chambre était dépourvue. J’ai fait livrer dix 2 par 4 par 8 d’épinette, sept coins, des portes coulissantes, cinq feuilles de gypse de 4 par 8. Le gars est arrivé, a sonné, est monté dans son petit camion-lift, a droppé tout ça sur le trottoir, et est parti. Je lui ai fait des tatas, comme le gars qui pense faire partie de la gang.

Puis j’ai rentré tout ça, homme fort que je suis, une planche à la fois, une feuille de gypse à la fois. J’ai sacré, et mes pantalons étaient sales. Le gypse s’effrite comme la vertu : d’abord un faux mouvement, puis ça n’arrête plus.

J’ai lolé

Vendredi 10 décembre 2010

C’était la semaine passée, à la télé. Les funérailles de Pat Burns, aux nouvelles de TVA, je crois. Pour commenter l’événement, il y avait Bob Hartley et un autre que j’oublie, questionnés par l’animateur. On est donc en présence d’un analyste sportif plus ou moins francophone, qui doit parler d’un événement pas trop sportif, et surtout, un peu dramatique. What could possibly go wrong?

— Bob, on a beaucoup parlé du fait que Pat Burns n’avait pas été intronisé au Temple de la renommée avant sa mort, ce que déplorent de nombreux amateurs…
— Oui, c’est dommage. Plusieurs personnes auraient voulu le voir entrer au Temple avant sa mort. Mais ce n’est que partie remise.