En écoutant Les Pauvres, neuf minutes et vingt-trois secondes de bonheur impur, puis Glory Box, cinq minutes et six secondes génératrices de mal de tête enivrant, je me suis rappelé qu’il n’y a pas si longtemps, j’étais ignorant. J’allais au Réno-Dépôt et je ressortais avec trois piasses et quinze de menues cochonneries, content d’avoir tout acheté ce dont j’avais besoin. Les locataires sont comme ça : exclusivement consommateurs, dans les centres de rénovation, de menues cochonneries. La section du fond, celle qui sent le bois, me semblait le royaume d’un autre peuple, aux pantalons sales et au langage mystérieux.
Puis j’ai acheté un duplex et la vie a changé. Je n’entre plus au Réno-Dépôt sans panier. Je n’en sors plus sans devoir plier la facture en 6 pour qu’elle fitte dans mon portefeuille. J’ai posé le pied droit tout près de la section du fond, celle qui sent le bois.
Il y aura toujours quelque chose à faire. Quand tout est parfait, quelque chose est toujours un peu moins parfait. La poignée de change qui traîne sur mon bureau devient maintenant une ressource allouable à l’une ou l’autre rénovation qui viendra dans un jour, un mois ou deux ans.
Là, c’est une garde-robe, dont la chambre était dépourvue. J’ai fait livrer dix 2 par 4 par 8 d’épinette, sept coins, des portes coulissantes, cinq feuilles de gypse de 4 par 8. Le gars est arrivé, a sonné, est monté dans son petit camion-lift, a droppé tout ça sur le trottoir, et est parti. Je lui ai fait des tatas, comme le gars qui pense faire partie de la gang.
Puis j’ai rentré tout ça, homme fort que je suis, une planche à la fois, une feuille de gypse à la fois. J’ai sacré, et mes pantalons étaient sales. Le gypse s’effrite comme la vertu : d’abord un faux mouvement, puis ça n’arrête plus.