19 _ Hiver

C’était un vendredi. L’air était transparent, la neige faisait des bruits de chips sous les semelles et le bout de mes doigts était bleu noir mort laid. La veille, j’avais bu une bouteille de Fanta au raisin qui m’était restée juste ici, barrage de bulles qui admirent l’arrière de mon sternum. Puis tu m’avais appelé, désemparée, du vent dans la voix et des larmes sous les mots. J’avais tenté de te rassurer, mais tu n’avais pas besoin de ma douceur. Tu voulais que je me déplace, que je t’aide en vrai, en personne, les yeux qui se touchent. On ne s’était pas vus depuis deux ans, pas parlé depuis autant. «Viendrais-tu me booster?», tu as demandé, et j’ai accouru, évidemment. Je n’ai pas réfléchi, même pas pris mon manteau, j’ai sauté dans l’auto et j’ai conduit vite. Je n’espérais rien, tu sais, mais la boule dans ma gorge au raisin devenait plus grosse. Quand je suis arrivé tu pleurais, et j’ai sorti les câbles. Rien à faire. En t-shirt dans le froid, j’ai essayé pendant des heures parce que c’était toi.

J’aurais quand même aimé que tu m’accompagnes à l’hôpital quand ils ont décidé de m’amputer le bout des doigts.

6 commentaires pour “19 _ Hiver”

  1. L'Hiver dit :

    hahaha j’adore la finale!! ;)

    Belle initiative que ces 200 mots par jour pendant 20 jours. C’est cool de pouvoir te lire, même si ce n’est rien.

  2. V dit :

    Quelle ingrate!
    (contente de te lire à nouveau)

  3. Anna dit :

    Ah c’est drôle. Moi, après avoir lu la fin, je me suis dit : ah. Juste : ah.

    Peut-être parce que moi, si un gars accourait en t-shirt, en plein milieu de l’hiver, juste pour venir voir mes yeux plus brillants avec des larmes dedans, je l’accompagnerais n’importe où, surtout jusqu’au bout du monde.

  4. sof dit :

    D’où l’intérêt de toujours garder un vieux sweat shirt et une couverture dans le coffre de son Jeep.

  5. mély dit :

    C’est ben cuute gros yeux comme le chat botté

  6. Nayrus dit :

    Belle finale. En quelques mots, le profil des deux personnages est facile à imaginer, et la fin ne fait que confirmer les suppositions.

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