Archive du mois de octobre 2008

04 _ Internet of Dreams

Vendredi 31 octobre 2008

Sachez-le.

Il y a quelques années, un coup de génie sur le Web arrivait une fois par mois, un peu plus fréquemment quand on était chanceux. Il suffisait de créer quelque chose d’unique, d’écœurant, et tout le monde accourait.

Ce n’est plus le cas. Il se publie aujourd’hui sur le Web des centaines de coups de génie par jour. Certains percent mieux que d’autres, mais le simple fait d’avoir une idée géniale ne garantit plus des hits, un succès renversant, la notoriété.

Dur de croire que des gens demandent encore une «campagne virale», veulent encore qu’on crée pour eux une vidéo conçue spécialement pour que tout le monde veuille l’inclure dans un email, puis insérer les adresses de ses connaissances, puis écrire un petit «checke ça man, c’est tordant», puis cliquer sur send. Trop d’efforts, tout ça, il faut que ça vaille vraiment la peine. Et ça vaut rarement la peine, même quand c’est bon. On veut tous faire un truc qui nous rendra rois du Web. Mais on a plus de chances de gagner au 6/49. Pour vrai.

Internet n’est plus le Field of Dreams qu’il était il y a 7 ans.

If you build it, they won’t come.

05 _ La genèse de Pavel

Mercredi 15 octobre 2008

C’était il y a deux ans, au Salon du livre de Montréal. J’étais en pleine séance de dédicaces, et elle n’avait pas voulu me déranger. Elle m’avait juste donné sa carte, en me disant qu’elle avait quelque chose à me proposer. Quelques jours plus tard, on avait déjeuné près de son bureau, et en deux morceaux de patates, j’étais convaincu. «Comme une série de télé à lire», avait-elle dit. «Treize épisodes, 6000 mots chacun», avait-elle dit. «À part ces restrictions-là, tu fais ce que tu veux». «Oui», avais-je répondu.

Depuis ce jour-là, on s’est échangé 384 emails, on s’est parlé au téléphone pendant environ 35 heures, en personne pas mal plus longtemps. Depuis ce jour-là, j’ai écrit, réécrit, désécrit, corrigé, raturé, douté, souri, gueulé. J’ai fait respirer Martin et ses angoisses, Anouk et ses déchirements, Pavel et ses mystères, et un paquet d’autres personnages.

Et maintenant, deux ans plus tard, je vous présente ma fierté : Pavel. Le premier épisode s’intitule Plus vivant que toutes les pornstars réunies, et il sera disponible en librairie et dans les Couche-Tard dès lundi prochain (mettons mardi, pour être sûr…). Les douze autres épisodes suivront à raison d’un par deux semaines, pendant six mois.

06 _ Fait vécu

Dimanche 5 octobre 2008

Ça se bécote dans la file d’attente. Une petite grassette beaucoup trop maquillée et un pas très grand intello maigrichon. Petit bec avec petit peu de langue, petite caresse, le parfait bonheur qui s’enbulle doucement en attendant que la file avance, que le guichet se rapproche. On est au cinéma, samedi soir, et il y a du monde en quantité qu’on peut qualifier de trop. Ils sont heureux, mais la file n’avance pas très vite. Ça les désenbulle un peu. Les sourires et les câlins font place à une légère frustration. Rien de trop grave, juste une petite distance nouvelle, un pouce arrière. Caresse discrète. Sourire léger. Cinq minutes passent. La fille s’impatiente derrière son maquillage. Les sourires disparaissent, le bécotage aussi. «Je peux pas croire qu’on est en train de rater Loft Story pour ça», dit-elle. Le gars ne bronche pas. Cinq autres minutes passent. Ils arrivent enfin au guichet. La fille semble maintenant excédée, pour une raison qui m’échappe. «Bon, c’est quoi ton film, là ?» demande-t-elle sur un ton qui effraierait Freddy. Son chum sourit brièvement. On le sent mal à l’aise. «Ce qu’il faut pour vivre», dit-il.

Dix piasses qu’en sortant du film, ils ont cassé.

07 _ Teaser

Jeudi 2 octobre 2008

Bon ben si c’est rendu qu’on tease tout plein, je vais teaser aussi. Voici: le 21 octobre. Aaaah. Vous êtes teasés, là. Oui oui, vous l’êtes.

Je ne peux rien vous dire de plus, mais retenez bien la date. Ou pas. Moi je la retiens, en tout cas, et sans même devoir l’inscrire à l’agenda que je n’ai pas. Il faut dire que je l’attends depuis presque deux ans, ce jour-là. Deux ans que j’ai passés à travailler là-dessus. Et ce n’est même pas terminé, il m’en reste encore un peu à faire. Alors vous imaginez bien que toute cette histoire de teaser et d’obligation au silence et de cachotteries me tord l’intérieur. Je suis impatient. J’ai envie d’en parler. J’ai envie que plein de monde sache. Je suis comme ça. Comme un enfant. Et je n’aime pas les petits trips aléatoires d’agences de pub. Je crois rarement aux teasers, à moins d’avoir des moyens bigantesques.

Mais bon, très bientôt je pense, la semaine prochaine peut-être, j’aurai le droit d’en parler plus en détail. Et je vous dirai tout, absolument tout, comme ça vous saurez. Et au bout du compte, ce qui compte vraiment, c’est ceci : le 21 octobre.

08 _ La fin du monde

Jeudi 2 octobre 2008

Ce matin, mon yogourt goûtait les fraises. C’était un yogourt à la vanille. Mon jus d’oranges goûtait le pamplemousse. Dans le garage, la voiture avait changé de couleur. Et dehors, tout avait disparu.

Je n’avais jamais imaginé l’apocalypse aussi calme, aussi vide, aussi anonyme. Il devrait y avoir de la fumée, des morceaux de chair qui traînent, des ruines, du gris, de la musique triste. Mais non. Il n’y a rien. Pas de rue pas d’arbre pas de gens pas de trottoir pas de vie pas de mort pas de musique pas de maison. Sauf la mienne, au milieu de rien, qui flotte dans le vide, avec mon auto décolorée qui s’éloigne sans bruit, à l’endroit à l’envers et n’importe comment.

La fin du monde n’a rien de sexy. Elle n’est ni spectacle, ni douleur, ni peur. Elle n’est personne, n’a pas de visage. Elle ne parle pas, elle n’arrache rien. Ce matin, j’ai mangé un yogourt. J’ai bu un verre de jus d’oranges. Je suis allé dans le garage. Je suis sorti. Et il n’y avait rien.

Je n’ai pas ressenti grand-chose, ni de la peine ni de la rage. Que de l’ennui.

La fin du monde est plate.