Archive du mois de mars 2008

Cette nuit

Lundi 31 mars 2008

Je m’ennuyais de Mara, j’ai tapé mara dans l’iTunes, j’ai écouté Mara, et tu es revenue. Je t’ai dans la tête cette nuit, il y a des nuages, et on ne sait pas trop si le froid nous gèle ou s’il s’en va. Sur la terre ici, il vente et tout s’éternise. Il y a des trous dans la rue, les journées allongent, mais la nuit le temps passe toujours aussi lentement, les doigts sont toujours aussi engourdis et ta magie ma manque. Ça coule sous mon évier mais le toit tient bon. Les voisins ont pelleté l’escalier tout l’hiver et moi pas, mais ça tu le savais déjà. La boulangerie est fermée, il y a du carton dans les fenêtres, et toujours pas un chat chez le plombier en face. J’écris des tounes de ce temps-ci, et je travaille sur ma BD que personne ne verra jamais, et sur mille autres choses pour éviter de travailler sur les bonnes choses, mais ça aussi tu t’en doutes, hein? Il y a toujours cette vieille dame qui marche courbée à des heures pas possibles, avec ses deux sacs de plastique, mais le gros voisin n’est pas sorti de l’hiver, je m’inquiète un peu. L’air est sec, et la poussière est partout, c’est comme ça maintenant, poussière et poils de chat, t’as pas idée à quel point j’ai hâte de déménager. Je déménage dans deux mois, tu le savais je suis sûr que tu le savais, mais je me répète, c’est parce que l’âge, tu sais. Tu aurais aimé la neige, cet hiver, tu aurais fait des milliers de bonhommes tellement que tu aurais manqué de carottes. Tu te serais cassé la gueule sur la glace, mais tu aurais ri, parce que c’est ça que tu fais, rire, magnifique rire. Je vais bien, moi. Je suis paisible, tu sais cette paix que je cherche depuis toujours, je l’ai trouvée. Des fois ça fait peur, tu sais de quoi je parle, des fois ça fait peur mais une bonne peur, et l’été va être beau. Oui, l’été va être beau.

J’espère que de ton côté, tu es à la campagne en train de faire pousser du bonheur.

Blip

Vendredi 21 mars 2008

Alors quand tu es en train d’écrire une histoire vraiment romantique, toute cute, l’histoire de deux ados qui retombent en amour après avoir été séparés, et que tu es vraiment dedans, tu y crois, tu es un peu ému, et que là, blip, tu as un nouveau email, et tu vas voir le email, et c’est un spam et l’expéditeur c’est «Anal Fuck», ça casse le beat un peu.

Ah comme le printemps a printempé

Vendredi 14 mars 2008

Je me suis levé d’un pied neutre, ne sachant rien de l’état du monde, de la température extérieure ou des courriels que j’aurais dans mon n’inbox. Après avoir bien frotté ma blépharite chronique, j’ai réveillé mon ordinateur d’une petite caresse sur la souris, ah la la comme je suis tendre, je sais. Le monde était dans un état toujours aussi louche, le soleil était merveilleusement chaud sur l’icône de Météomédia, et mes courriels étaient aussi nombreux que peu palpitants. La journée s’annonçait belle.

L’avantage d’être travailleur autonome, ou d’être en vacances depuis des années, ou d’être simplement paresseux, c’est qu’on peut, au lever, décider qu’on ne fera rien de productif, et qu’on va plutôt aller se promener. Ce que j’ai fait. J’ai enfilé mes plus beaux bermudas, mon t-shit «I bought Christopher Reeve’s wheelchair on eBay», et mes sandales qui datent des années 90, et je suis sorti. Le soleil était à la hauteur de ce que m’avait promis Météomédia, chaud et fort et plein de rayons. L’air était un peu frais, juste assez pour ne pas transpirer à torrents, juste assez pour que mes poumons se sentent en santé. Un vent doux flattait mes avant-bras et mes mollets, et je marchais lentement, tellement lentement, comme si chaque pas pouvait être mon dernier, de cette lenteur qui, seule, permet d’apprécier la douceur d’un printemps romantico-cool.

Je me suis arrêté sur le trottoir pour caresser le toutou de la voisine, qui promenait la voisine de poteau en poteau. C’était un matin paisible, plein d’une chaleur qui s’osmose depuis l’air jusqu’à la moëlle. J’avais faim. J’aurais pu aller au petit resto du coin, mais non. Il faisait trop beau, j’ai voulu aller loin, le plus loin possible, pour déjeuner. N’importe quelle excuse pour monter dans la voiture, baisser le toit, et me promener longtemps, doucement, les cheveux au vent et les coups de soleils plein le visage.

En traversant la rue pour me rendre à la voiture, ma jambe est restée coincée dans un banc de neige, et la souffleuse me l’a broyée.

Maintenant, il ne me reste plus qu’une sandale.

C’est fâcheux.

La taille de mon engin

Mardi 4 mars 2008

Eh ben eh ben.

J’ai reçu un email d’un certain German Sheppard, qui s’intitule «The person had an attractive face». A priori, je ne connais pas ce monsieur Sheppard, mais je croise tellement de monde dans les salons du livre, peut-être l’ai-je simplement oublié. Je suis piqué de curiosité. J’ouvre le courriel. Un homme de peu de mots, ce German. Pas de formule de politesse, pas de bonjour Matthieu, pas de te souviens-tu de moi, pas de Hey big, on a brossé aux danseuses la semaine dernière.

Straight to the point, le Shep. Il m’écrit : «Day dreaming of ladies being in awe of your size? Make it happen today!» Alors je me dis que oui, il a bien fait de ne pas mettre de formule de politesse, parce qu’avec un propos aussi fort, aussi bien défini, il vaut mieux oublier le flafla et m’interpeller directement avec ce qui m’intéresse vraiment. Parce que oui, je daydreame depuis des années que les demoiselles soient bouches bées devant ma dimension. Ça vient me chercher, ce message. En plus, en lisant ça, au début je me suis dit que ça serait cool, mais que ça ne pourrait certainement pas arriver avant demain ou après-demain. Mais non. Aujourd’hui, dit-il. Aujourd’hui même. Vous vous rendez compte?

Je suis emballé.

Mais quelque chose cloche. Dans le titre du message, G Boy mentionne quelqu’un qui avait un visage attirant. Avait. Que s’est-il passé? Quel accident l’a défiguré(e)? Ça me trouble. Comment puis-je apprécier tout ce awe que les dames auront en voyant l’ampleur de mon monsieur si je ne sais pas ce qui est arrivé à la personne à l’ex-visage cute?

Je suis déballé.

Alors j’ai simplement répondu : «What happened?» J’attends une réponse sous peu. Je vous tiens au courant.