La mort des raisins
J’ai écrasé des raisins. Dans la rue, il y avait une grappe de raisins rouges sans pépins (à première vue), et je les ai vus trop tard pour les éviter. Ça a fait un splouche terrible, sous mon pneu avant droit, puis, comme je suis sans cœur, sous mon pneu arrière droit aussi. Tous ces pas-de-pépins qui se sont retrouvés sans maison, à la rue, et tout ce jus de raisin perdu, se mêlant à l’asphalte en une flaque aux reflets de vin cheap. Et ce bruit, ce bruit qui résonne encore dans ma tête, suis-je un meurtrier?
— Arrête la voiture, Matthieu!
— Pourquoi? C’est trop tard, on ne peut plus rien faire pour eux.
— Mais arrête, je te dis.
— Ils sont morts.
— De quoi tu parles? Arrête ici, y’a une plante que je veux acheter juste là.
Chacun ses drames.