Balconnerie

Sur mon balcon à la lumière de la demi-lune, avec les haut-parleurs cacannes du laptop et les touches blanches qui sont noires (noir foncé) et les bruits de la rue silencieuse, ça donne l’impression que je vais écrire autre chose. Parce que c’est autre chose ici, à l’extérieur, dans le dehors, taper à tâtons sur le clavier en un clapotis confus, les idées sont différentes de celles de l’en-dedans.

Et puis depuis deux jours, je n’ai qu’un projet en tête, avec la conviction que ce sera mon masterpiece, mon truc à moi dont on se souviendra toujours, la fierté le bien-être l’accomplissement éternel et la gloire les cris au génie les applaudissements le respect les accolades et le paradis bien avant la fin de mes jours. Malgré ma constatation récente que je ne suis pas un génie. (On rêve tous d’être un génie, je crois. Moi, en tout cas, j’y pensais sérieusement. En sachant très bien que non, mais en me disant que ça serait cool. Mais les génies se font rares, et ils ne me ressemblent pas. Je n’ai pas ce caractère, cette essence. J’ai d’autres qualités, par contre. Mes pouces, par exemple, sont cools, il paraît. C’est ce qu’elle m’a dit.)

Ce projet, donc, dont j’accoucherai dans le noir de mon balcon nocturne cet été ou le suivant, ou l’autre d’après, dans le noir sans voir où je pose les doigts, dans le noir en creusant dans la tête de quelqu’un, en laissant le vent écrire pour moi, en laissant les choses se faire d’elles-mêmes, en laissant l’histoire s’écrire d’elle-même.

Oui, ce sera mon masterpiece.

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