Archive du mois de juin 2007

Grandeur, amputation, sagesse et autres mardes de la vie

Mercredi 27 juin 2007

J’essaie d’être une personne grande. Chaque jour j’essaie, être bon, être un être plus humain, plus grand, plus sage. J’essaie d’être patient, compréhensif, j’essaie de voir tous les angles, toujours. J’essaie de tout comprendre, de tout savoir, avant de juger. J’essaie d’être empathique, je crois que c’est la plus belle qualité, la volonté d’être empathique. J’essaie d’accepter ce que je n’acceptais pas plus jeune. J’essaie fort, très fort, de pardonner même quand j’ai mal, au risque d’avoir l’air mou devant les autres, la mollesse est une illusion, la sagesse est douce. J’essaie de panser mes blessures en silence, j’essaie d’apprendre de la douleur. J’essaie d’être une personne bonne. Une personne grande.

Mais crisse que des fois, c’est pas facile.

Sale attente

Mercredi 20 juin 2007

Dans une salle d’attente remplie de l’attente des gens, on peut fermer sa gueule pendant quatre heures, fermée fermée comme l’esprit du monde dans la rue et le mien aussi, et même si on dit rien à personne, on va tout savoir. S’agit juste de hocher la tête de temps en temps.

Je sais le prénom et l’âge de tous les enfants qui étaient là. La petite Eva est adorable.
Je connais tout des problèmes d’élocution de la fille d’un gars qui s’appelle Carol, fille qui n’y était même pas.
J’ai vu les radiographies de cinq madames différentes, dont une avait une tête d’épingle pognée dans le doigt.
Je connais l’arbre généalogique complet d’une certaine Sylvie, qui avait mal au genou.
André Turcotte a été appelé trois fois, ne s’est jamais présenté. Quitter.
Je me suis fait poser la question «vous, ça fait combien de temps que vous attendez?» plus de douze fois. Chaque fois j’ai répondu avec mes doigts, en espérant ne pas me retrouver à avoir besoin de ma deuxième main.
J’ai appris que le réflexe normal, quand quelqu’un est appelé, est de dire à tout le monde autour «me semble que je suis arrivé avant lui, moi, comment ça que c’est à son tour?».
J’ai appris que «c’est pas normal, attendre autant. Avoir su je serais pas venu.»
J’ai appris que le message dans le biscuit chinois que j’ai mangé juste avant d’arriver disait vrai. «Vous allez avoir une bonne santé», qu’il disait.

Les gens ont un besoin viscéral, lorsqu’ils ont un bobo et qu’ils s’inquiètent, et qu’ils attendent d’être rassurés, de se faire rassurer d’abord par n’importe qui qui traîne pas loin. Ça fait des salles d’attente où tout le monde parle à tout le monde, mais où personne n’écoute personne. Hochement de tête.

I’m Feeling Lucky

Lundi 18 juin 2007

Avant aujourd’hui, tu n’avais jamais vraiment saisi l’utilité du bouton «I’m Feeling Lucky» de Google. Là tu as compris.

Tu ne vas pas très bien, tu fais de la fièvre, et surtout tu as des symptômes bizarres, et personne dans ton entourage ne sait trop quoi te dire à part des jokes. Alors toi tu te tournes vers ton ami le plus précieux, Google, et tu tapes tes symptômes, et puis là tu vois le bouton «I’m Feeling Lucky», et tu te dis oui, voilà, c’est le temps de m’en servir, c’est le temps de me sentir chanceux, d’être chanceux. Ça va me dire que je vais aller mieux demain, que c’est rien, que c’est un p’tit rhume ou quelque chose de cave comme ça. Alors tu cliques, et paf.

Turns out, tu vas mourir d’ici un mois, dans d’atroces souffrances.

Le bouton «I’m feeling lucky», donc, c’est un bouton «ironie hypocondriaque».

J’ai besoin de gants de boxe

Vendredi 15 juin 2007

J’ai le chaud-froid de la fièvre de la grippe d’été et je cherche la passion, le frisson, la vibration qui viennent avec la création, et je ne les trouve pas, c’est peut-être à cause de la fièvre de la grippe d’été.

Ça fait chier. Je suis de mauvais poil, ce qui n’aidera pas pour la fièvre, je devrais me raser mais ça ne changera rien et anyway qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça. Même pas de point d’interrogation quand je pose une question, ça donne une idée de mon manque de courbe, ça rime avec tourbe. Et pas-de-punch, ça rime avec vous me dérangez, tous autant que vous êtes.

C’est mon combat à moi, je l’ai compris depuis quelques temps déjà, mon vrai combat que je vais traîner tout le temps, j’en parle déjà tout le temps, cette incapacité d’écrire sans penser à des yeux qui sont pas les miens, ça me transperce et crisse, ça m’arrache l’envie. Fermez. Allez, fermez. Parce que là juste l’idée de vos yeux éventuels me dérange, et c’est vraiment pas le temps.

J’ai la fièvre qui donne chaud-froid, vous pensez que je suis capable de me battre là? Vous êtes dans le champ, toi. Y’a rien qu’icitte qu’on est bien. Ailleurs ça marche pas pantoute. Icitte c’est chez moi ça va encore, je peux t’envoyer chier et écrire n’importe quoi ou mélanger les mots et ponctuer tout croche et dire n’importe quoi au nom de tout ce qu’on peut inventer, mais dès que je sors tu es là qui m’attends, et dehors je ne suis plus capable de t’envoyer chier je suis poli trop poli tu me fais chier.

Dehors je te souris et crisse, un texte sourire c’est poche, ça me frissonne pas l’intérieur, ça me chaire pas la poule. Pourquoi pourquoipourquoi.

J’ai besoin de gants de boxe. Avec du foil.

De la relativité et de ce genre de marde-là

Mercredi 13 juin 2007

Est-ce qu’on devrait se crisser de la relativité? Oublier tout ça et juste viser le plus haut en montant toujours plus vers le sommet de la cime du top toujours vers le ciel sans la moindre descente? Sans la moindre petite chute d’un demi-mètre qui permet d’apprécier le fait de remonter? Se crisser de la relativité et ne plus jamais pouvoir comparer, ne plus jamais avoir de point de repère? Ne plus se souvenir de l’en bas, mais apprécier toujours autant l’en haut? Sentir les nuages et oublier le goût de la boue pleine de terre et de poussière et de douleur? Est-ce qu’on devrait se crisser de la relativité?

Non. On ne devrait pas

Et de toute façon on ne peut pas.

Titreless

Mardi 12 juin 2007

«La machine de plastique», c’est un bon titre, pour un livre, non ? Non, dit-elle. Ouais, non, sûrement pas dans le vide comme ça, mais pour l’histoire d’un gars et son laptop, non ? Oui là peut-être, oui, dit-elle. Mais en fait, elle pense encore non, elle ne veut juste pas que je m’éternise sur le sujet, et que j’essaie de la convaincre qu’un titre poche est bon. Alors je dis tu vois, j’ai encore raison, et je souris fier, et c’est la fin de cet épisode-là.

«J’ai besoin de Nutella», par contre, ça c’est un bon titre de livre. Je le réserve. Aujourd’hui, 2h53 un 12 juin, quelque part en 2007, je réserve ce titre-là pour un livre éventuel, qui devrait sortir quelque part entre 2007 et 2300. Tenez-vous-le pour écrit.

«L’univers c’est des culottes de fille», ça me fait un peu chier de l’avoir utilisé pour une nouvelle. Ça serait chouette sur une couverture de roman.

«À bien y penser, il est inutile de mourir». Celui-là, je ne sais pas d’où il vient, mais je sais qu’il ne va nulle part. Je viens de le trouver dans un fichier qui date d’il y a quatre ans, fichier intitulé «titres de livre» et ne contenant que ce titre-là, qui n’est ni un titre, ni bon. Oublions-le vite.

Je suis en mode titre. Aucune idée pourquoi. Je cherche un titre pour quelque chose, et je suis titreless. Comme les balles de golf, mais pas vraiment.

Le numéro 13 des Jets de Winnipeg

Jeudi 7 juin 2007

J’ai un chandail des Jets, numéro 13.

Selanne, que c’est écrit dans le dos. Ça date de son année recrue.

Ce soir, il a gagné la coupe pour la première fois de sa carrière. Cool.

Balconnerie 2

Dimanche 3 juin 2007

Des shorts et un imperméable. Une casquette fripée. Un pas incertain, à cause des rafales qui la poussent et qui la tirent, elle anticipe très mal. Un muffler percé. Des orteils gelés. Un lampadaire qui hésite.

Acte 1 : sur la planète Sans nom, une planète jaune avec la mention «sans nom» en italique en bas à droite, une jeune femme dans la vieille vingtaine est assise sur le bord d’un trottoir invisible. Un vieil homme dans la jeune trentaine s’approche sans la regarder. La jeune femme l’interpelle.
JF: Sois interpelé.
JH: Oui.
La jeune femme (appelons-la la jeune femme) se lève. Elle mesure 4000 pieds, ou 5, selon la perspective. Le jeune homme (appelons-le Ted-Arthur) s’immobilise, intrigué.
TA: C’tu veux?
JF: Me donnes-tu un lift?
TA: Jusqu’où?
JF: C’est pas grave.
TA: Monte.
Ted-Arthur se penche, la jeune fille grimpe sur ses épaules, ils s’éloignent. La trame sonore de How Stella Got Her Groove Back se fait entendre. Les 14 tracks. Au complet. Dans l’ordre.

Acte 2: sur la planète Sans nom, dans une grange abandonnée (par personne), la jeune femme et Ted-Arthur se taponnent allègrement, couchés sur un tas de peaux d’ours invendues mais tuées.
JF: Oh. Ooooh.
TA: Ooooh. Oh.
Cependant, on entend la musique de la troisième scène de Sexterminators 3: the return of the 10 inch cock(roach).

Acte 3: coin Bleury et Sainte-Catherine, un ours sans peau est assis sur le trottoir. En arrière-plan, la jeune femme et Ted-Arthur se chicanent, mais on ne distingue pas leurs paroles. On voit Ted-Arthur sortir un canif, puis sortir le tire-bouchon du canif, et le montrer à la jeune femme, qui éclate en sanglot.

Fin.