On était dans l’escalier, ma voisine et moi, et on jasait de rien du tout, de la marche qu’elle a réparée pour que le facteur se sente en sécurité, de Maurice notre voisin qui nous regarde par la fenêtre dès qu’on met un pied dehors, de ma job qui n’en est pas une, et comme ça par surprise, pouf, merde-on-m’a-jamais-demandé-ça, elle m’a demandé si j’avais changé. Si les livres, les mots, la vie devant l’écran et les entrevues, les trois dernières années, si tout ça m’avait changé.
J’ai dit non, puis j’ai dit oui, en fait je ne savais pas.
Je sais que j’ai changé, bien sûr, mais je ne sais pas si j’ai changé plus qu’on change normalement en trois ans, entre 29 et 32 ans. Je ne sais pas si j’ai changé à cause de tout ça, ou juste parce qu’on change quand on vieillit, petite fraction de quelque chose par petite fraction d’autre chose, rencontre par rencontre, échange par échange, mot par mot, seconde par seconde.
Mon quotidien a changé, ça c’est sûr, je fais ce que j’aime, et souvent je ne fais rien du tout, et ça aussi j’aime ça. Mais moi ? Oui, j’imagine. Je vais y penser.
C’est une réflexion intéressante, je vais m’y attarder. Je crois que j’aimerais arriver à la conclusion que je n’ai pas vraiment changé. Je crois que je vais être déçu.
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Une fois par mois, année, semaine, seconde, n’importe quand d’un coup sans avertissement, j’émerge et je pense que ça va durer toujours. Grosse pulsion d’écrire, de raconter, de créer de concevoir d’inventer de vivre dans la tête de quelqu’un d’autre. Je suis dans mon lit immobile les yeux fermés et toutes sortes d’images me viennent en tête, des situations des personnages des scènes des histoires. Et je me lève, et j’écris, je note, je crée je conçois j’invente. Et je pense que ça va durer, que cette fois-ci c’est pour de bon.
Et c’est une illusion. Ça va disparaître. Demain, dans un mois, dans un an, dans une seconde. C’est frustrant, des fois, ne pas savoir.
Le temps, c’est plate.
(Mais j’ai quand même reculé l’heure un peu partout sauf sur mon micro-ondes.)
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Bien sûr que ça me touche. J’existe pour vrai, pas juste en photo derrière un livre, pas juste sous des mots sur un écran, pas juste comme entité machine-artiste, mécanique mythique qui colle des dizaines de milliers de mots ensemble, comme c’est impressionnant.
Les bons mots et les mauvais mots, les commentaires, les appréciations, les dépréciations, les critiques, les bravos et les choux, bien sûr que ça me touche. J’essaie que ça ne paraisse pas, j’essaie même de me convaincre que ce n’est pas important, mais ça l’est. Et c’est dur, autant les beaux que les laids, c’est dur à digérer, parfois, dur à comprendre aussi.
Comprendre qu’on accorde du temps à quelqu’un qui n’existe que pour vrai, c’est ce qui est dur.
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Mon déguisement le plus mémorable n’a rien à voir avec l’Halloween. C’était au jour de l’an 2000, des amis avaient organisé un party, et il fallait s’y rendre déguisé en un personnage du millénaire. Je m’étais déguisé en lapin Energizer. Avec le drum et la peluche rose, et tout et tout.
Je ne fittais pas trop avec les Molière et Chaplin et Gandhi qu’il y avait là.
Et j’ai passé la soirée à casser les oreilles de tout le monde.
Mozart n’était pas content.