Archive du mois de juin 2006

Ma journée – 2

Mardi 27 juin 2006

Je me suis fait réveiller par mon bras qui avait des fourmis dans les jambes. Ça picotait. C’est à cause de tout mon poids inimaginablement incalculable qui reposait dessus comme le ciel sur le monde qui tire à sa fin. J’ai mangé mes céréales avec mon autre bras, ça faisait changement. Après avoir rincé le bol dans l’évier, je suis retourné me coucher, parce que je savais bien que mes draps s’ennuyaient déjà. J’ai dormi jusqu’à l’après-midi, j’aurai voulu plus, toujours plus — je suis un winner — mais c’était impossible, parce que les enfants dehors chantaient l’hymne national italien d’une voix atrocement enthousiaste. Apparemment, l’hymne national italien dure quatre heures. Je me suis levé d’un pied ferme (le bon) avec l’intention tout aussi ferme de ne rien faire du tout, en attendant de faire quelque chose, plus tard ce soir, quand viendrait le temps d’avancer un peu, mais vers où ? Le téléphone m’a dérangé en plein quand j’étais au milieu de mon plan. J’ai laissé sonner un coup de plus, parce qu’il faut toujours que je décroche au milieu d’une sonnerie, pas entre deux, et c’était une gentille dame qui voulait me sonder l’opinion sur différentes marques de bière, et est-ce que j’ai deux minutes. Deux ? j’ai demandé. Oui !, elle a dit. C’est court, j’ai dit. J’en ai pour cinq minutes, qu’elle a ajouté. Elle m’a posé une quinzaine de questions toutes plus interrogatives les unes que les autres, et moi j’ai répondu comme un seul homme, en essayant de l’impressionner. Il y a maintenant quelqu’un, quelque part dans une maison de sondages maison, qui pense que je bois deux caisses de 24 par jour. J’espère que ça l’impressionne. Quand on a raccroché, la dame et moi, j’étais satisfait de pouvoir revaquer à mes inoccupations quotidiennes. J’ai visité quelques sites Web, en me répétant qu’il ne fallait pas croire tout ce qu’on y lit, jusqu’à ce que j’apprenne que la grippe aviaire ferait des milliards de victimes d’ici les trois prochaines minutes. C’était trop, trop vite, j’ai fermé l’ordinateur et suis allé m’acheter un masque à gaz, au cas. J’ai pris un modèle pas trop cher, parce que, me suis-je dit, il ne faut pas virer fou, quand même. Présentement, j’essaie de travailler, mais ce n’est pas évident avec un masque à gaz dans le visage.

Ma journée

Vendredi 23 juin 2006

Ce matin, alors qu’il faisait cui cui dans le bec des oiseaux et que le voisin d’en face semblait torturer des poteaux de fer forgé à grands coups de sableuse, je me suis levé avec l’espoir de passer une belle journée sans rebondissements, tranquille immobile dans le confort du confort de mon salon et de son sofa. J’étais dans le champ (et pourtant, ce n’est pas un si grand salon). À peine avais-je toasté mon pain tranché moelleux plein de grains de toutes sortes que la sonnette dignedognait du haut de son dessus de cadre de porte. Non sans m’habiller, je suis allé ouvrir. C’était une crapule qui voulait me vendre une carte de membre d’un parti politique pro-ornithologie, et qui voulait, je crois, me hululer son programme électoral. J’ai gentiment décliné son offre, mais je lui ai acheté une tablette de chocolat fondu, pour l’encourager si jamais il veut entrer dans les scouts ou dans l’équipe de balle du fils de l’autre gars qui a sonné sur la sonnette quelques minutes plus tard. C’était la journée internationale du porte-à-porte, je crois. Ils ont été trois, en une heure, à se partager les microbes de bouts de doigts sur le bouton lumineux de la dignedogneuse. Le troisième, c’était un vieux bonhomme qui vendait des systèmes de thermopompe, et comme je commençais à être moi-même assez thermopompé, il a vite compris et a tourné l’étalon (du porte-à-porte en cheval, qu’il faisait) pour me laisser déjeuner en paix, si tu le permets, déjeuner en paix. Pour célébrer cette belle journée commencée avec autant de début, j’ai décidé d’aller faire un tour de voiture, histoire de contribuer à l’effet de serre. C’est pas vrai que je ne participerai pas à un aussi beau projet, que je me suis dit. Petit problème : j’ai une vilaine tendance à ne pas regarder quand je traverse la rue, ni à droite, ni à gauche, et tant qu’à ça pas en arrière non plus. J’y vais au son, le son vroum de gauche à droite c’est une voiture qui va de gauche à droite, et l’inverse c’est l’inverse. Ça me suffit, comme avertissement. Ce matin il fallait que je traverse pour me rendre à mon auto à moi, qui était stationnée habilement entre deux autres autos, de l’autre côté de la rue sur laquelle j’habite, près d’une rue transversale, où je n’habite pas, mais que je dois nommer quand je commande du poulet, de la pizza ou du chinois. Je n’ai donc pas regardé avant de traverser, et bang, ce qui devait arriver arriva : bang. On m’a roulé sur le pied. Comme ça, sans me demander ma permission. Écrapoutillé mon pied gauche, avec un pneu de voiture juste assez gonflé, et ensuite c’est mon pied qui s’est mis à gonfler. L’avantage, c’est que ça me donnait une destination pour mon tour d’auto. C’est joli l’hôpital, c’est plein de couleurs toutes plus incolores les unes que les autres. J’y ai découvert qu’un pied, ce n’est pas un organe primordial dans le métabolisme humain. Le nombre de personnes qui m’ont dépassé sous prétexte que eux, c’était urgent, si vous saviez. Avoir su j’aurais demandé à l’automobiliste de me rouler sur le thorax, à la place. J’ai donc passé quatre ou mille heures à attendre à l’urgence, jusqu’à ce que mon pied prenne toute la place dans la salle d’attente et que plus personne ne puisse entrer, alors là ils ont décidé de me soigner. Mon pied va mieux. Je suis rentré chez moi pour convalescer en paix, et c’est ce que je fais depuis. Et là je vais me coucher.

Satisfaire ses visiteurs

Lundi 12 juin 2006

Il souffrait. Tout son corps tremblait, une vibration de l’intérieur, un moteur dans sa moelle. Il en avait assez. Des années à n’entendre que ça, à ne voir que ça, et maintenant tout débordait, tout inondait.

Il n’avait plus le contrôle sur ses pensées, c’était un champignon, une explosion, après toutes ces années il explosait. Huit ans à travailler dans cette poissonnerie, huit ans au même comptoir, celui des truites. Huit ans à manipuler des truites, à sentir la truite, à vendre de la truite, à parler de la truite. Huit ans.

Aujourd’hui, c’en était trop. Il en avait assez. Il tremblait de tout son corps, devant son patron, et ce n’était pas lui qui parlait, c’était son instinct, c’était cette explosion en lui, cette perte de contrôle, ce débordement, cette inondation.

— Boss, je peux-tu switcher au comptoir des saumons ?

(Ça, c’est juste pour satisfaire la personne qui est arrivée ici en cherchant dans Google « la truite, la truite et encore la truite ».)

Les nouvelles d’ailleurs

Mardi 6 juin 2006

(Helsinki) Grosse nouvelle aujourd’hui : Gustafsson musertui sairaalassa ! Non mais, vous vous rendez compte ? J’arrive à peine à y croire. Dans le même ordre d’idée, on apprend que Miss Finlande ne pèse que 6 kg.

Satisfaire ses visiteurs

Lundi 5 juin 2006

Étape 1 : Trouver une Honda Civic. Inoccupée de préférence.

Étape 2 : Entrer dans la Honda Civic.

Étape 3 : Démarrer la Honda Civic.

Étape 4 : S’en aller.

(Ça, c’est juste pour satisfaire la personne qui est arrivée ici en cherchant dans Google «voler une honda civic guide».)

Oh, pour le fun, une autre…

Lundi 5 juin 2006

Dans la série des « questions qui vous font chier parce que vous êtes curieux et que je n’en dis pas assez (ou pas du tout) », en voici une autre pour vous :

Quand ?

Votre opinion compte.

Ma réponse

Vendredi 2 juin 2006

Puisque vous m’avez dit de dire oui, j’ai dit oui. Je viens d’appeler et j’ai dit oui.

Merci de votre aide.

(Et n’allez pas penser que je vais vous dévoiler de quoi il s’agit. C’était un sondage mystère. Si je vous dis c’était pour quoi, ça arrête d’être mystérieux.)

(Je vous en reparle vers la fin de l’été.)

(Ou pas.)