De la fraîcheur des poissons
14 mai 2008Et le poisson puait dans tout l’appartement, en vagues, en marées, et je me noyais dans l’odeur, et je toussais, et je hurlais que mes poumons étaient en train de fondre. Le poissonnier, lui-même plutôt puant, m’avait pourtant vanté la fraîcheur de l’animal, qui avait apparemment expiré sa dernière gorgée d’eau salée quelque deux heures plus tôt. Frais frais frais, avait-il dit. Et moi je l’avais cru, ne connaissant pas le domaine du poisson plus que les poissons ne connaissent le domaine du moi. S’il est mort il y a deux heures, il est frais. Sur le coup, ça m’avait semblé logique.
Mais alors que mes voies respiratoires saignaient, qu’une épaisse fumée se dégageait de l’intérieur de mon nez et que mes yeux s’aveuglaient, je n’étais plus sûr. La mort des poissons pour déterminer leur fraîcheur, tout ça me semblait bien louche.
Après tout, je connaissais plein de gens qui n’étaient plus frais depuis longtemps, et qui étaient encore en vie.
Mon poisson, avant de mourir, avait dû être un vieux chiâleux fatigant.
