Cow-boy solitaire

Voici ma chronique sur ma sortie au Spurs, parue dans le Journal de Montréal du 21 octobre 2005.

C’était vendredi dernier, autour de minuit. Après avoir attaché Jolly Jumper tout près de la porte du Spurs, j’ai caché un six-coups dans ma botte de cow-boy. On n’est jamais trop prudent. À l’intérieur, ils y étaient tous, assis au bar depuis des années : Jack, Harry, Bill, l’autre Jack, et les autres. Je les ai salués en pinçant mon chapeau du pouce et de l’index.

Il faisait chaud. La place était remplie à capacité. J’ai commandé un verre de l’alcool le plus fort, celui qu’on tient dans une cruche marquée de trois X, et me suis installé au bar, prêt à me battre si un hors-la-loi osait me narguer. L’ambiance était tendue, comme il se doit, et les esprits s’échauffaient vite. J’ai vu un gros homme accuser un grand maigre de cacher des as dans sa manche. Et un vieux trappu briser une bouteille de whisky et menacer le petit nouveau.

Sur la piste de danse, deux filles pleines de joie faisaient rêver les vieux réguliers à grands coups de déhanchements. « Make us move », répétaient-elles au chanteur du groupe, qui ne manquait pas une occasion de leur lancer un clin d’œil mielleux.

En allant porter de l’avoine à mon cheval, j’ai croisé Wild Hands Billy.

— Belle soirée, non ?
— Ouep.

Belle soirée. Très belle soirée.

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Ben quoi ? Il faut bien rêver un peu. Bien sûr, je pourrais vous raconter la vérité. Vous dire qu’en entrant, je me suis demandé dans quelle « dompe » je venais d’atterir. Que ce n’était pas normal que le gars supposément out se sente vraiment trop in pour l’endroit. Qu’au total, il y a avait 17 personnes dans le bar. Que le band, The Lefties, jouait dans le vide, parce que personne n’écoutait. Qu’avec tout le bois qui se trouvait là, pas étonnant que nos forêts soient décimées. Que la murale du fond était franchement atroce, avec ses images beiges de chevaux galopant dans les champs.

Mais ça vous donnerait l’impression que je n’ai pas aimé ma soirée, et ça ne serait pas honnête. J’ai adoré. Donnez-moi trois Labatt 50 (un choix naturel dans ce bar d’une autre époque), de la bonne musique live, une serveuse très aimable, du monde simplement heureux, et je trippe.

Parce qu’au bout du compte, l’endroit où on se trouve n’a aucun rapport avec le plaisir qu’on a. Ce qui compte, c’est ce qu’on fait de notre soirée. J’étais un lonesome cowboy, vendredi dernier. Mais poor ? Naaah.