Samedi soir au téléphone

Voici ma chronique sur ma soirée au Radio Lounge, parue dans le Journal de Montréal du 19 mai 2006.

— Qu’est-ce que tu fais ce soir?
— Je serais supposé aller au Radio Lounge pour la chronique, mais ça me tente pas.
— C’est le bar sur Saint-Laurent avec le gros micro devant l’entrée, ça?
— Oui, c’est ça.
— C’est cool cette place-là. Je suis allé il y a pas longtemps, j’avais eu du fun.
— Oui, il paraît que c’est pas pire. Mais l’affaire, c’est que tu peux pas imaginer à quel point ça me tente pas d’y aller.
— Force-toi un peu…
— Je pourrais laisser faire ce soir, pis y aller mardi… Non?
— Ben non, épais… Ça va être mort le mardi. C’est maintenant qu’il faut que tu y ailles. À cette heure-ci, le party doit être pris dans la place.
— Oui mais moi, t’sais, le party…
— Ça vaut la peine. Ça serait drôle de te voir là, en plus. Je t’imagine dans ton coin, en train de chialer…
— Pourquoi je chialerais?
— Ben… D’abord parce que tu chiales tout le temps. Pis ensuite parce que c’est le genre de pseudo place in de Saint-Laurent que t’aimes pas trop. Mais c’est vraiment le fun. C’est tout petit, y’a plein de bruit, plein d’atmosphère.
— Oui mais moi, t’sais, l’atmosphère…
— Bon bon bon. Si j’y vais avec toi, mon Matthieu? Ça te tenterait-tu plus, ça?
— Je sais pas. Je pense pas, non.
— Allez, on va avoir du fun. Anyway je te connais, tu vas te retrouver là, tu vas observer comme un malade, tu vas prendre des notes sur toutes les petites références à la radio dans le bar…
— Comme quoi?
— Ben, les micros, les disques, ces affaires-là...
— Et?
— Et tu vas te retrouver hypnotisé par les vidéos sur les télés, pis tu te rendras même pas compte qu’il y a plein de monde autour.
— Tu penses?
— Je suis sûr. Pis tu verras même pas la couleur de ce que tu vas boire à cause des lumières, pis tu m’entendras même pas parler à cause du bruit du party.
— Ça c’est pas trop grave. J’aurai juste à hocher la tête pour faire semblant de t’écouter.
— Mouais… Je pourrais te présenter du monde, aussi.
— Pour qu’ils me déconcentrent des télés? Es-tu fou?
— Ok, je vais te laisser regarder la télé en paix, d’abord. Moi je vais m’occuper tout seul du beau monde qui se tient là...
— De toute façon, je te l’ai dit, ça me tente juste pas…
— Oui, mais qu’est-ce que tu vas faire pour ta chronique?
— Je sais pas…