Foufounes ridées

Voici ma chronique sur ma soirée aux Foufounes électriques, parue dans le Journal de Montréal du 23 juin 2006.

Hooou. Grosse analogie aujourd’hui. Imaginez que les Foufounes électriques, c’est quelqu’un. Oh, allez, imaginez-le, ça va être le fun. (Bon, ok, peut-être pas tant que ça.)

Les Foufs, donc, pour les besoins de l’image, c’est une personne. Il y a quinze, vingt ans, c’était l’adolescent rebelle. Le vrai, là, pas celui qui veut se croire. Le vrai, tatoué de partout, qui ne parle plus à ses parents, qui n’a peur de rien. Le vrai, qui écoute de la musique du ‘yâb aux petites heures du matin, les cordes vocales en feu d’avoir trop gueulé, plus capable de tenir debout, qui transpire de l’alcool pur. Le vrai, habillé en monstre, qui n’a peur de rien, et qui ne se gêne pas pour faire peur aux bons petits gars.

Je le sais, j’étais allé il y a une quinzaine d’années, aux Foufounes, et j’avais été intimidé.

Aujourd’hui, l’adolescent a vieilli, avec tout ce que ça comporte. Il s’est civilisé, il n’a pas eu le choix. Oh, il a encore les bras tatoués (comme tout le monde), et il écoute encore sa musique de fuckés (pour l’image). Il s’habille encore comme avant, mais pas tout le temps. Il veut faire croire qu’il est resté jeune, qu’il est resté rebelle. Il veut se le faire croire à lui-même, se convaincre qu’il n’a pas changé. Mais il a changé, c’est normal.

C’est un adulte, maintenant, il a des responsabilités. Un réseau de contacts. Des amis comme vous et moi. Il fait partie du décor, il n’impressionne plus grand-monde. De temps en temps, il demande un prêt à son banquier. De temps en temps, il invite ses voisins à une petite soirée tranquille au bord de la piscine.

Je le sais, je suis allé la semaine passée, aux Foufounes, et j’ai trouvé qu’elles avaient pris un coup de vieux. Le look n’a pas changé. L’esprit n’a pas changé. Mais l’atmosphère, les gens, le tout le monde qui s’y sent chez lui, tout ce que l’endroit respire, tout ça s’est ridé. Ça sent l’effort plus que le vrai. Ça sent l’adulte qui refuse de vieillir plus que l’ado qui ne vieillira jamais. Ça sent le coup de vieux.

Il y a quinze ans, un coup de vieux pour les Foufs, ça aurait été les Foufs qui empoignent un vieillard par la cheville et qui le balancent dans les airs pour frapper quelqu’un d’autre dans une bousculade de fin de soirée. Aujourd’hui, pourtant, c’est ce que c’est. Un essouflement, des rides, un affaissement, des plis.

C’est pas super sexy, des foufounes ridées.