Hyperhistoire de coeur
Une petite histoire. Toute courte, parce que sinon, il faudrait inventer la page qui se déplie vers le bas. L’histoire de la fille que j’ai rencontrée chez Edgar la semaine passée. Edgar hypertaverne, pour qu’un gars hypergêné se retrouve hypersaoul.
Normal que dans une place qui me ressemble un peu, drinks ordinaires et conversations animées, il y ait des gens qui me ressemblent un peu, des gens qui m’attirent un peu. Il y avait donc là, de l’autre côté de ma bière, à quelques tables de moi, une fille qui me ressemblait, seins en plus, sex-appeal en plus, lunettes et autres accessoires protubérants en moins. Jolie et tout, souriante, peut-être un peu saoule.
Envoûtante vue de derrière mes lunettes de gars un peu pompette. Attirante pour les autres accessoires protubérants. Sexy, comme dans les petites histoires que je m’invente pour m’endormir heureux. Hypertaverne ? Hypercoupdefoudre. Hyperbattementsdecoeur. Hyperpanique, aussi.
Je tombe en amour dix fois par jour, moi. Et chaque fois, je ne sais pas quoi faire. Tous ces scénarios dans ma tête, qui fonctionnent en théorie, mais la pratique… Quelle pratique ? Je suis resté là, une heure ou deux, plutôt deux, à la regarder discrètement, enveloppé par les huit mille conversations qui brûlaient mes tympans. Hyperbruyant.
Elle me regardait de temps en temps, comme ça, nouvelle femme de ma vie, en souriant, mais quand son sourire tombait dans mes yeux, je ne savais pas si c’était un hasard, ou si c’était à moi — à moi — qu’elle souriait. Et elle parlait tout le temps, mais je ne comprenais rien de ce qu’elle disait. J’ai dû lire sur ses lèvres, alors que je voulais simplement poser les miennes dessus.
J’inventais des mots dans sa bouche, des mots doux. Je ne sais pas lire sur les lèvres, autant faire semblant, autant imaginer qu’elle parle de moi à ses amies. As-tu vu le beau gars ? Ça c’est mon style… Euh, c’est pas lui le loser de la chronique dans le Journal ? Moi je le trouve drôle… Et si c’était l’homme de ma vie ?
Deux heures à l’observer, à me demander comment l’aborder. Quoi dire, quoi faire, chercher le courage pour l’approcher, hésiter, repasser mille fois la conversation, la première conversation si importante, en sachant bien que les répliques que je lui donne, elle ne les connaît pas encore. Deux heures à préparer mon move.
Et elle est partie. Sans que j’aie eu le guts de lui parler. Shit. Une autre pinte, sivouplait.
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La semaine passée, j’ai rencontré la femme de ma vie chez Edgar. Le problème c’est qu’elle, elle ne m’a pas rencontré. Hyperloser.
