Courriel du cœur 24

Voici un autre Courriel du cœur, paru dans le Journal de Montréal du 6 mars 2007.

Expéditeur : Mikael
Envoyé : mardi 27 février 2007 à 13:28
Objet : Campagne électorale

Je suis avec ma blonde depuis six mois, et tout allait bien jusqu’à tout récemment, mais depuis le début de la campagne électorale, les choses s’enveniment. On n’avait jamais parlé de politique avant, mais depuis que la campagne est lancée, ça crée toutes sortes de conflits entre nous parce qu’on découvre qu’on a des opinions politiques vraiment contradictoires. Que faire pour retrouver le calme d’avant ?

Wow. Il faut que je te remercie. Avec cette question, tu me donnes la chance d’être la première (et peut-être la seule) tribune où un petit peu de passion est soulevée par cette campagne. Et franchement, je ne vois pas trop comment vos opinions peuvent être si conflictuelles si elles sont allumées par ce dont on est témoin depuis quelque temps… Tu parles bien de cette campagne où chacun dit la même chose que l’autre, en prenant soin de souligner à quel point l’autre est dans le champ? Cette campagne où tout le monde a quatorze milliards de priorités tout aussi importantes les unes que les autres, et n’a donc pas le temps d’en approfondir une seule? C’est weird que ça vous affecte autant, toi et ta blonde…

Cela dit, la politique, tout comme la taille du pénis des gars, le poids des filles et la compétence de Guy A. Lepage comme animateur, sont des sujets qu’il fait bon éviter lors d’un souper romantique. Et lors de tout le reste de la vie, d’ailleurs. Il n’y a rien comme le mot référendum (ou les mots consultation populaire, puisqu’il le faut…) pour gâcher une soirée. Surtout quand les deux savent de quoi ils parlent, et que ça les intéresse. (Quoique, si ça n’intéresse qu’un des deux, c’est aussi un bon point de départ pour une engueulade. «Es-tu séparatiste ? — Je m’en fous. — Comment tu peux t’en foutre?» Et c’est le début de la fin.)

Cela dit, je ne t’encouragerai pas à cesser de parler de politique avec ta blonde. Il s’agit de rester du côté sain de la discussion. Et si ça commence à déraper, essaie de lâcher prise et de faire dévier la conversation, temporairement, sur quelque chose de plus drôle. Les photos des candidats sur les affiches, par exemple.

Expéditeur : Teletubby
Envoyé : jeudi 1er mars 2007 à 9:41
Objet : Musique

Pourquoi, quand on est en peine d’amour, on écoute toujours de la musique déprimante?

Je me suis longtemps posé la question, convaincu que c’était épais de le faire, que c’était tourner le fer dans la plaie, se morfondre, s’apitoyer sur son sort, et toutes ces choses qu’on maîtrise parfaitement quand ça va mal, et qu’on trouve ridicules quand ça va bien.

Puis, il y a quelque temps, quand je ne filais pas trop moi-même, pendant la petite pause de deux secondes entre Goodbye My Lover de James Blunt et Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai de Francis Cabrel, j’ai compris. Si on écoute ces niaiseries-là au lieu de la toune de Passe-Partout, c’est pour se sentir moins seuls. Des milliers et des milliers d’auteurs qui écrivent des «mon amour je t’ai perdu», des «maudit que ça fait mal» et des «je comprends pas», c’est rassurant. Oui.

Expéditeur : Sean00
Envoyé : mardi 27 février 2007 à 16:19
Objet : Maladie?

Je suis en amour. Comment faire pour m’en sortir?

Oh. Bonne question. As-tu songé à parler de politique?

Sinon, le mariage semble assez efficace. Ou encore, les soucis financiers. L’adultère peut également faire la job. Sans oublier, bien sûr, partir dans le Sud sans avertir le conjoint et ne plus jamais revenir.

Si tout ça ne fonctionne pas, tu pourrais toujours essayer d’en profiter. Au risque, bien sûr, d’être heureux et de déranger tous ceux autour de toi qui écoutent du Francis Cabrel.