C’est beau le Bu

Voici ma chronique sur ma soirée au Bu, parue dans le Journal de Montréal du 9 décembre 2005.

Je suis entré là comme si j’étais entré dans mon appart idéal. Le décor classico-moderne (ça veut rien dire, ça), c’est en plein ce que je veux. Sobre et froid, très class, des chaises bourgognes dures, du gris, du noir, du style. C’est mon chez-moi idéal. Et pour faire encore plus « chaleur de mon domicile » j’étais avec Sylvie, ma fausse grande sœur, ma vraie grande chum, ma vieille folle avec qui je ris sans arrêt depuis des années. Tout pour tripper.

Il manquait juste une petite chose. Un genre de confort, ce sentiment de pouvoir déconner, de pouvoir dire n’importe quoi, faire des jokes de cul, le genre de trucs qu’on fait chez soi avec ses amis, ou dans une chambre de joueurs après un match. Le genre de confort que je n’ai pas senti dès le début au Bu (début au Bu, c’est chouette, ça), peut-être à cause du vide (on est arrivés un peu tôt), peut-être parce que les cinq personnes déjà présentes étaient « chic et de bon goût », et parlaient doucement, et ne semblaient pas du genre à trouver drôle la joke de Père Noël que j’ai racontée à Sylvie pour la millième fois.

Drôle de feeling d’incertitude, donc, mais pas pour longtemps. Sans le savoir, mon sauveur était juste à côté. Un grand monsieur habillé avec plein de classe, qui dégustait son petit vin du bout des papilles. Je le regardais faire, et à un moment, il a déposé son verre, l’a montré à sa femme, et a déclaré : « Ça, c’est bon en tabarnak. »

Yes. C’était mon autorisation à dire tout ce que je voulais. À me sentir vraiment chez moi. À être dans mon salon, devant ma télé, avec ma chum de fille, à raconter les pires absurdités et à rire comme un malade.

Ajoutez à ça notre serveur tout sympathique, connaisseur mais loin d’être grosse tête, et une clientèle qui, au fil de la soirée, a pris le dessus sur la froideur du décor, et j’étais chez moi, confortable, heureux. Heureux avec beaucoup de monde, parce que la place s’est remplie complètement. Des belles personnes simples. Des jeunes, surtout, des p’tits couples cutes, des amis aussi. Quelques demi-vedettes (Geneviève Brouillette, c’est une demi-vedette, non ?). Quelques personnes qui ne fittaient pas dans le décor, aussi, aux jeans troués (troués naturellement, pas ces jeans prétroués à l’usine).

Tous mes amis, l’instant d’une belle soirée.

En partant, j’ai volé deux verres, une table, quatres chaises et quelques bonnes bouteilles.