Jalousie

Voici ma chronique sur le Black & Blue, parue dans le Journal de Montréal du 14 octobre 2005.

J’aurais tellement aimé trouver ça plate. Trouver le temps long, vouloir m’en aller dès mon arrivée. Pouvoir dire que le stade était pas mal plus attirant quand Youppi glissait sur l’abri des joueurs pendant que la foule applaudissait Pedro qui se démenait sur le monticule. J’aurais aimé trouver ça plate. Ça aurait été plus doux pour mon moral.

Mais non.

En entrant dans le stade, en plein cœur de la nuit, j’ai trouvé ça cool. J’ai été soulevé par ce bal X-Treme du Festival Black & Blue. Soulevé par le beat. Soulevé par l’enthousiasme de la foule. Soulevé par le spectacle vibrant qui me soufflait dans les yeux. Impressionné.

Je me suis accoté le dos sur une barrière, et en hochant légèrement la tête pour faire semblant de suivre les rythmes que m’offraient les DJs, j’ai observé tous ces gens alimenter ma jalousie. Oui, ma jalousie. Je regardais ces gars et ces filles qui dansaient sans la moindre inhibition, ces jeunes qui trippaient, chacun son trip, ces jeunes qui vivaient comme si leur prochain souffle pouvait être le dernier, et je me suis demandé « pourquoi pas moi ? ».

Et je me suis répondu. Parce que ce n’est pas moi, tout simplement. Mais l’instant d’une soirée, j’aurais voulu que ça le soit. Enlever mon chandail, et danser torse nu jusqu’aux petites heures du matin, en me foutant de ce qu’on pouvait bien penser autour de moi, me teindre les cheveux en bleu, bouger comme si ma vie en dépendait. Oublier que je suis out, oublier que je suis un nerd qui calcule tous ses gestes, et me laisser transporter par la musique, fermer les yeux et me laisser transporter par la musique.

Oublier que je n’ai jamais dansé de ma vie, que je n’aime pas danser. Oublier que je n’ai jamais gueulé comme un malade par pur plaisir. Oublier qu’à l’époque, au stade, même quand Vlad frappait un circuit, je me contentais d’applaudir poliment, pour ne déranger personne. Oublier ça, et vivre un peu.

L’instant d’une soirée, j’aurais voulu faire partie du spectacle, faire partie des « 13 000 danseurs » dont on parlait dans les médias le lendemain. Pas seulement être accoté sur une clôture, et regarder 12 999 danseurs faire la fête à ma place. Mais non. Je me suis contenté d’être jaloux d’eux, et de réfléchir à tout ça.

En fin de compte, je suis pas mal plus rêveur que raver.