Destinée
En 2003, j’ai eu un accident d’auto. J’ai été trois jours dans le coma. Ça explique qu’en terme de développement personnel, j’suis trois jours en retard sur tout le monde. Faque vous m’excuserez si j’ai l’air un peu jeune de caractère.
De ce temps-ci je dois avouer que j’ai un peu de misère à trouver de l’inspiration pour écrire. Cet après-midi je jouais dans mon carré de sable en me demandant ce que j’allais écrire pour ce soir, pis pendant que je donnais des coups de marteau en caoutchouc sur une petite auto Hot Wheels, j’ai flashé. Je vais vous raconter mon accident, pis les semaines qui ont suivi. Pis c’est sûr que je vais dévier vers le destin, vers l’espèce de pensée magique selon laquelle tout serait déjà écrit à l’avance. Tout arrive pour une raison, ce genre de marde-là.
Pis si ça vous intéresse pas, je vais le dire à ma mère, pis elle va vous chicaner.
C’était en septembre 2003, donc. J’étais resté tard au bureau ce soir-là, pas parce que j’avais du travail à faire, juste parce que j’avais pas Internet chez moi, pis que j’avais entendu dire vaguement qu’il y avait un peu de pornographie là-dessus. Faque par pure curiosité... Vers neuf heures et demi, j’étais rendu fatigué, c’est fatigant la pornographie, je suis parti du bureau.
J’étais fatigué, faque quand je suis monté dans mon auto, j’avais juste hâte d’être rendu chez moi. Pas le goût de conduire, pas le goût de changer les vitesses, pas le goût de donner 50 cennes au squigee qui lave ma vitre. Juste le goût de fermer les yeux, pis de me réveiller dans mon salon, c’est plein d’ironie, ma vie est toujours pleine d’ironie. Faque je pensais pas trop à la route, j’avais des filles tout nu en tête, pis l’image de mon sofa qui m’attendait.
À un moment donné je me suis arrêté à un feu rouge, pis à la radio y’a une toune qui a commencé. Pis moi je me suis dit, en bon épais que je suis, juste pour le fun, qu’il fallait que je sois rendu chez moi avant la fin de la toune. Quand la lumière a tourné au vert, j’ai décollé sans regarder, pis je me souviens plus de rien.
Quand je me suis réveillé, j’avais mal partout, pis je venais de perdre trois jours de ma vie. Quand je me suis réveillé, tout était embrouillé, pis j’avais la face d’une fille embrouillée devant moi. Une fille que je connaissais pas, qui souriait embrouillé, avec des dents blanches floues. Sur le coup, je vais être honnête avec vous, j’ai eu peur. Parce que la fille était belle en crisse, mais vraiment vraiment belle, sauf que je la reconnaissais pas pantoute. Sur le coup, sans même savoir ce qui s’était passé, j’ai eu peur d’avoir perdu la mémoire, parce que ça m’aurait fait chier d’avoir oublié qu’y avait une belle fille de même dans ma vie.
Les deux premières choses que j’ai dites, c’est « est-ce que je suis dans mon salon ? » pis « est-ce que la toune est finie ? ». Ça m’a rassuré sur ma mémoire. Mais ça a fait peur à la fille un peu.
Elle a arrêté de sourire, c’était un peu plate, mais elle s’est désembrouillée, c’était plutôt le fun. Même en plus clair, elle était belle, elle s’appelait Annabelle, c’est ce qu’elle m’a dit, pis elle m’a dit que c’était elle qui m’avait rentré dedans en passant sur la rouge.
Petit à petit, les choses se plaçaient dans ma tête, je me suis rendu compte que j’avais encore toute ma mémoire, je me suis rendu compte que j’avais eu un accident, pis là y’a des médecins qui m’ont tout expliqué. J’ai rien compris, mais c’est pas grave, j’étais en vie, c’était déjà pas pire, c’est ça que j’ai retenu.
Dans les semaines qui ont suivi, j’ai dû réapprendre plein de choses. Réapprendre qu’un lit d’hôpital, c’est pas vraiment confortable, réapprendre à dire merci à des gens que je connais à peine quand ils me disent prompt rétablissement. Réapprendre à dealer avec un estie d’assureur automobile.
Réapprendre à cruiser, aussi, pas que j’aie déjà su comment, mais bon. Parce que la fille qui m’avait rentré dedans en char, Annabelle, elle s’était attachée à moi pendant mon coma. Un peu de pitié, un peu de culpabilité, et sûrement une bonne part du fait qu’elle m’avait jamais entendu parler. Faque on s’est mis à passer du temps ensemble, pis au bout d’une couple de jours, à l’hôpital, on s’est embrassés, pis mon coeur s’est mis à battre un peu vite, pis les infirmières sont arrivées en courant, c’était cute.
C’est dans des moments comme ça qu’on pense au destin. On se dit que tout arrive pour une raison. Que c’est pas pour rien que je suis resté au bureau pour me crosser devant mon écran. Que c’est pas pour rien que je me suis dit qu’il fallait que je sois chez moi avant la fin de la toune. Que c’est pas pour rien qu’Annabelle, quand elle a vu que la lumière tournait au rouge, a accéléré au lieu de freiner. Tout ça, c’était écrit à l’avance, depuis longtemps, depuis toujours, tout ça c’était écrit parce qu’il fallait qu’on se rencontre.
Mais je vais vous dire quelque chose.
Si effectivement, à ma naissance, y’a quelqu’un dans le firmament qui a écrit toute ma vie à l’avance, y’était saoul pis il voulait juste me niaiser.
Annabelle m’a crissé là deux semaines après, pis j’en ai jamais entendu parler depuis.
Le pire c’est que j’y crois, moi, au destin.
J’y crois, qu’il y a quelqu’un au firmament, un jour en 1974, qui s’est assis avec du papier pis un crayon, pis qui s’est mis à écrire ce que ma vie allait être. Tous les détails, tous les petits événements de ma vie, tout ça qui est écrit, pis qui devient inévitable, parce que quand il y a quelque chose qui s’écrit au firmament, come on, c’est le firmament, tu peux pas vraiment t’ostiner avec ça.
Pis c’est logique, parce que pour être honnête, depuis le début, je sens pas que j’ai vraiment le contrôle sur quoique ce soit. Donc, ma vie a été prévue d’avance par un gars au ciel, que je vais appeler Gilles. Pis par son chum Henri, qui est venu l’aider à m’ment donné.
J’imagine que Gilles a commencé tout seul, sobre, en étant gentil. J’ai quand même eu une belle vie pendant un bon bout de temps. Il m’a donné tout ce qu’il fallait pour que je sois heureux. Sauf qu’à m’ment donné, quand y’était rendu à 16 ans, y’a Henri qui est arrivé avec une caisse de 24, pis les deux ensemble, un petit peu pompette, ils se sont mis à se demander ce qu’ils pourraient faire pour me faire chier.
Aye, on pourrait le faire tomber en amour avec une fille qui veut rien savoir de lui… Nonon, Gilles, pas une fille. Des filles…
Oh oui c’est bon ça Henri. Des filles. À répétition, il va rencontrer des filles qui vont faire semblant d’être intéressées, pis là lui il va tellement embarquer qu’il va en parler à tout le monde, en disant qu’il vient de rencontrer la femme de sa vie, pis quand tout le monde va être au courant, elles vont toutes le crisser là. Pis ça va être drôle. Pis ça va être drôle…
Aye j’ai une idée… Pour que ça soit vraiment drôle pour tout le monde, on va le faire transparent à mort, ce gars-là. Faque toutes ses histoires où y’a l’air cave parce que les filles le niaisent, il va aller les raconter dans un bar, devant une gang de monde qui va rire de lui. Ah oui, c’est bon, ça.
Qu’est-ce qu’on ferait ben d’autre pour s’amuser un peu ? Un accident… Oh crisse oui… Un crash de char. Des pitounes tout nues sur Internet, une chanson poche à la radio, pis la plus belle fille au monde qui lui rentre dedans… Oh oui, pis elle va tripper sur lui pendant un petit bout de temps, il va presque être content d’avoir été dans le coma… Pis elle va te le crisser là comme t’auras jamais vu ça… Veux-tu une autre bière ? Ouais, mais faut que j’aille pisser avant…
Faque c’est ça, mon destin. Gilles pis Henri, ben paquetés, qui me font vivre plein de choses niaiseuses. Plein d’aventures à vous raconter. Tout arrive pour une raison, il paraît. Je devrais être découragé un peu, je devrais pas trouver ça juste… Mais honnêtement, non. Je passe à travers tout ça en souriant, parce qu’au bout du compte, comme les médecins m’ont dit, je suis en vie, c’est déjà pas pire.
Pis si je me pète la gueule en retournant m’asseoir là, ben c’est pas de ma faute. C’est à cause de Gilles pis Henri. Crisse de mangeux de marde.

21 juin 2005 à 13:38
Wow! C’est une belle histoire. Malgré les bouts drôles, ça fait quand même réfléchir.
J’ai beaucoup aimé!
22 juin 2005 à 6:00
Je ne sais pas si on peut parler d’humilité, d’optimisme, ou d’un autre truc du genre, mais en tout cas, on parle d’un fichu bon texte, à la fois drôle et triste, ironique et très touchant. Merci pour ce beau moment de lecture !
***
Police pas d’cuisse numéro trente-six !
Annabelle la pas belle qu’y’a pissé dans la poubelle !
(Est-ce que ça fait un peu de bien, quand même?)
25 juin 2005 à 15:53
nice l’histoire
soupire… Gilles et Henri on du ecrire l’histoire de ma vie aussi….
29 juin 2005 à 11:49
génial, vraiment aimé!!!
Je pense pas que c’était un Henri, un Robert à moustache ça plus de sens.
3 octobre 2005 à 18:02
J’aime tellement ça l’univers d’un gars. Ça parle de sexe, cru de même sans aviser à l’avance et c’est parfait comme ça parce que c’est ça la vie.
“Aye, on pourrait le faire tomber en amour avec une fille qui veut rien savoir de lui… Nonon, Gilles, pas une fille. Des filles… ”
J’adore tout le reste, mais ce bout là me fait tripper. Et tu sais quoi, y a des Ginettes et des Lucilles qui s’arrange pour faire la même chose pour les filles. C’est de même ça l’air. On vit pour avoir l’air cave et faire rire les autres de nos niaiseries de plus en plus abracadabrante. Je sais bien que ton histoire est sûrement de la fiction, mais ça me faisait penser à ça.
25 novembre 2006 à 22:16
Très fort comme histoire! J’ai adoré!
Je trouve que tu reflètes bien la vie de tous les jours tout en gardant un petit côté... comment dire… comique. La vie n’est pas toujours comique, mais jpense que ça ton personnage l’a bien saisit! Ah… j’adore ce que tu fais! Alors, bravo et continu!
2 avril 2007 à 21:37
AHHHHHH! Voilà! C’est la faute de Gertrude et Henriette. Me voici rassurée.Y’a rien qui arrive pour rien… mais desfois on voit juste pas de réponse au fameux pourquoi? Je vais blâmer 2 matantes frustrées qui ont décidé pour moi parce que leurs téléromans étaient ennuyants! Tu me fais rire… tsé rire fort en lisant c’est rare… les voisins doivent me trouver bizarre.
N’arrête jamais d’écrire… et continue de partager ton talent.
14 juin 2008 à 18:09
Sérieu la , je croit que tu est mon idole , c’est sure que je vais TOUT acheter tes livre la .
Une de mes histoire préférer , c,est Blanche-neige et les sept truites :P . OSTIE QUE J’AI RIE
Pi cette histoire la , est vrm bonne la sérieu , continue de nous sortire des chef-d’oeuvre , otut le monde t,encourage .
Fredee 14 ans . terrebonne