Un nain avec un chapeau de cowboy

Vous avez choisi un nain avec un chapeau de cowboy. Si c’est pas ça que vous vouliez dire, vous pouvez retourner en arrière.

Moi j’ai deux phobies dans la vie. Les nains, pis les cow-boys. Deux traumatismes d’enfance. Quand j’avais dix ans, ma grande soeur est sortie avec un nain, pis un jour je les ai surpris en train de baiser. C’est pas le genre de scène que tu veux voir, mais vraiment pas. Je me souviens d’avoir figé, pis le nain s’est retourné pis il m’a crié, avec une espèce de voix grave, va-t’en d’ici, p’tit crisse. Me faire traiter de petit, par un gars qui était plus petit que moi, ça m’a traumatisé.

Deux ans plus tard, ma soeur s’était fait un nouveau chum. Un cow-boy. Je les ai surpris en train de baiser, pis le gars portait des chaps. Ça m’a traumatisé.

Faque quand je suis entré dans le métro, pis que j’ai vu un nain avec un chapeau de cowboy, j’ai freaké. Complètement freaké. La vie aurait tellement été plus belle si ça avait Fernand Gignac à la place. Mais non, j’étais pogné avec le nain cowboy. Je voulais détourner le regard, mais je pouvais pas. J’étais terrorisé. Faque je le fixais. Même quand lui me regardait, je tournais pas les yeux.

Ça a été la plus longue ride de métro de ma vie. Pis c’était pas fini. Y’est descendu à la même station que moi. Je me suis demandé si y’avait parké son mini-cheval près de chez nous. Je me suis mis à marcher vite vers mon appart, pis il me suivait. Tous les trois quatre pas, je me retournais, pis il me suivait encore. Je me suis demandé si je ferais pas mieux d’appeler la police. Mais qu’est-ce que tu dis à la police ? Je m’en vais rejoindre ma blonde Maurice chez moi, mais je suis suivi par un nain avec un chapeau de cow-boy ? Je sais pas, y’a quelque chose qui marche pas là-dedans.

Faque j’ai juste commencé à courir comme un épais, j’étais presque rendu chez nous. J’ai cassé ma clé dans la serrure, tellement je capotais, je me suis retrouvé à bucher sur laporte comme un épais, pis Maurice est venue m’ouvrir. Je suis rentré en la bousculant, pis j’ai refermé la porte le plus vite que j’ai pu, avec le coeur qui débattait. Maurice m’a demandé ce qui se passait. Je lui ai dit. Elle a ri de moi. J’étais insulté.

Je suis allé m’asseoir dans le sofa, pour bouder. Maurice est venue me rejoindre, elle m’a collé, ça a fait du bien, je commençais déjà à oublier ma mésaventure. Mais c’est là que ça a sonné à la porte.

J’avais peur, mais je suis allé ouvrir pareil.

C’était le nain. Il m’a salué en soulevant son chapeau de cowboy un peu. Il souriait, un sourire foncièrement gentil, pis dans ses yeux j’ai vu plein de tendresse.

Il m’a dit qu’il avait remarqué que je le regardais dans le métro, pis il m’a dit qu’il me trouvait beau. Je savais pas quoi dire. J’avais vraiment deux options : exorciser mes peurs, ou continuer à freaker.

Et un dernier choix pour vous : qu’est-ce que je fais ?

J’exorcise mes peurs
Je continue à freaker