Fernand Gignac

Vous avez choisi Fernand Gignac. Si c’est pas ça que vous vouliez dire, vous pouvez retourner en arrière.

C’est pas que je l’aime pas, Fernand Gignac. C’est la pipe qui me dérange. L’odeur de la pipe. Quand je l’ai vu dans le wagon, en train de fumer sa pipe, accoté sur la porte du fond, je me suis dit que le trajet allait être long, avec une odeur de même. Le genre d’odeur qui s’imprègne dans tes vêtements, à la fin d’une journée ça écoeure un peu, dans le métro ça écoeure un peu. Tout le monde autour grimaçait, mais t’sais, c’est Fernand, on est pas pour l’engueuler. Au contraire. Faque quand il me regardait, je souriais. Il m’a même fait un clin d’oeil à m’ment donné, pis là j’avais encore plus hâte d’arriver à la maison, pour dire à Maurice que Fernand Gignac m’avait cruisé.

J’étais sûre qu’elle allait être jalouse, elle est tellement groupie. Elle aime tellement ça, les has been, pis les fausses célébrités. Pis là ça m’a flashé. Je me suis dit qu’elle aimerait sûrement ça, avoir un autographe de Fernand Gignac. Non mais si elle avait voulu que je lui signe un livre, franchement, on peut pas aller vraiment plus bas que ça… Faque entre deux stations, je me suis approché de lui, pis je lui ai demandé : M. Gignac, voudriez-vous signer un autographe pour ma copine ? Comment elle s’appelle, ta copine ? Maurice.

Il m’a pas cru. Il a pensé que je le niaisais. Faque il m’a traité de jeune insolent, pis il m’a envoyé promener, en me soufflant de la boucane de pipe dans la face. Il est pas gentil, Fernand Gignac. La prochaine fois, vous choisirez le nain avec le chapeau de cow-boy.

En sortant du métro, j’ai pris une grande respiration, grande bouffée d’air frais, ça a fait du bien. Je filais pas trop, j’avais un peu mal au cœur, pis en même temsp j’étais un peu insulté. C’est-tu de ma faute si ma blonde a un nom de gars ? C’est le genre d’affaire qui m’écoeure, les p’tits vieux qui pensent que parce que je suis moins vieux qu’eux, je veux tout le temps les niaiser. Alors que je veux juste les niaiser une fois sur deux.

Je marchais vers chez moi, j’avais vraiment hâte d’arriver, pour me réfugier dans les bras de Maurice, me coincer entre ses seins, sentir sa chaleur, oublier tout le reste de la journée, pis recommencer à vivre.

Quand je suis rentré dans l’appart, Maurice m’attendait en petit déshabillé sexy. Yes. C’est la plus belle image que je pouvais voir. Je sais pas ce qu’on célébrait, mais j’étais tellement content. La beauté fatale qui m’attend pour baiser, ça remonte le moral, entre autre. Je me suis approché pour l’embrasser, pis elle a eu un geste de recul.

— Tu pues la pipe, Matt.
— Justement, parlant de pipe…
— Non non non, tu pues vraiment la pipe.
— C’est à cause de Fernand Gignac, il était dans le métro pis il m’a soufflé dessus.

Sur le coup, en la regardant dans les yeux, j’étais pas certain qu’elle m’avait cru.

Un dernier choix pour vous : est-ce qu’elle m’a cru ?

Oui
Non