Maurice
J’ai rencontré ma blonde au Salon du livre. J’étais en pleine séance de dédicace, ce qui veut dire que j’étais assis devant une table avec mes livres devant moi, pis je regardais le monde passer en me demandant c’était quand que j’allais signer mon première livre, quand elle s’est approchée de moi. Elle était vraiment, vraiment superbe, le genre de fille que tu vois dans des films, le genre de fille qui te fait rêver, le soir, quand t’essayes de t’endormir pis que tu fais de l’insomnie parce qu’il y a pas un estie de chat qui t’a demandé une dédicace.
Faque je suis à mon stand au salon, pis elle, elle s’approche de moi, toute sexy, en souriant. Moi, tout de suite, je me dis qu’elle va me demander si je sais où le stand de Nelly Arcand est. Ou encore mieux, comme d’habitude, sont où les toilettes (ça arrive, croyez-moi). Mais non. Avec une voix à faire fondre n’importe quelle statue de glace poche du Carnaval de Québec, elle me dit « tu me signerais-tu un livre ? ». Wow. J’ai dû figer pendant 5 secondes, ou 15 minutes, je sais plus, j’étais ému. J’ai pris un livre, pis j’ai dit « à quel nom ? ». « Maurice ». Faque là j’me suis dit, fuck, elle a un chum. C’est ton chum, Maurice ? Non, j’m’appelle Maurice. Sur le coup, ça m’a fait freaker un peu. En la voyant, je me serais attendu à ce qu’elle ait un nom ordinaire, quelque chose comme Lucie. Mais non, elle s’appelait vraiment Maurice, j’ai vérifié sur son permis de conduite.
Faque on s’est mis à jaser, j’avais du temps en masse, on a parlé de livres, pis de prénoms de gars, je m’en voulais quasiment de m’appeler Matthieu. Dans les circonstances j’aurais peut-être mieux fait de m’appeler Marie-Hélène, ou Nelly, tant qu’à ça. Mais bon, y’a des choses qu’on choisit pas, dans la vie.
Dans ma dédicace, j’suis vraiment quétaine, mais j’ai mis mon numéro de téléphone. Pis elle aussi elle est vraiment quétaine, parce qu’elle m’a rappelé. Pis là on sort ensemble. Pis je vais vous dire, ça a pas pris de temps avant que je lui donne des p’tits surnoms cutes, parce que t’sais, quand même, Maurice… Faque la plupart du temps, je l’appelle mon gros nounours. Pis des fois, je l’appelle mon beau pitou. On s’aime, c’est cute.
Faque lundi, j’attendais le métro, pis je m’ennuyais d’elle, ma belle Maurice. Quand le métro est arrivé, les portes se sont ouvertes. C’est pas une grande surprise, je sais, mais moi ça m’a fait du bien. Sauf qu’à l’intérieur du wagon, y’avait quelqu’un que j’avais pas trop envie de voir.
Qui était dans le wagon quand je suis entré ?
