Youppi

Vous avez choisi Youppi. Si c’est pas ça que vous vouliez dire, vous pouvez retourner en arrière.

J’ai toujours eu peur des mascottes, c’est un traumatisme d’enfance. Quand j’avais cinq ans, j’étais à une fête de quartier pour la Saint-Jean avec mes parents, on s’amusait dans la rue, y’avait des jeux, j’imagine, des concours de celui qui crache le plus loin, si j’me souviens bien. À un moment donné y’a une grosse mascotte qui est arrivée directe en face de nous, un gros chien bleu en peluche bleue, la tête gigantesque, pis moi j’étais tout petit, j’avais juste cinq ans. Dans mes yeux d’enfant, c’était un monstre énorme, pis quand la mascotte a sorti un gun pis a assassiné mon père, j’ai un peu freaké. Pis je suis resté traumatisé, comme ben des enfants. J’ai peur des mascottes.

Faque voir Youppi dans le métro, dans mon wagon, à trois pieds de moi, ça m’a fait un petit quelque chose. Le petit sentiment que j’étais pas à l’aise, le petit geste de recul, je voulais rester proche de la porte. Parce qu’on sait jamais. Une grosse bibitte orange qui a plus de job, ça peut devenir méchant. Pis le fait de jamais pouvoir parler, ça doit pas aider à extérioriser ses émotions. Y’a des limites au pouvoir des pirouettes, j’pense. Gambader comme un épais pour faire rire du monde, ça peut défouler de temps en temps, mais moi, lundi soir, je le trustais pas, Youppi.

Je voulais le surveiller comme il faut, pour pas me faire surprendre, mais en même temps, je voulais pas le regarder dans les yeux, pour pas qu’il me spotte. Pour pas le regarder dans les yeux, fallait pas que je le regarde dans la bouche. C’est mélangeant. J’ai décidé de regarder ses mains, parce que c’est surtout là que le danger se terre, d’habitude. Des grosses mains en poil orange. Des mains poilues, ça m’a fait penser que Youppi avait dû se crosser en masse pour en arriver là, pis j’ai eu un frisson. Fallait que je me ressaisisse. Je me suis forcé à penser à Lucie, ma douce Lucie que j’allais rejoindre, qui m’attendait chez moi.

Quand je suis descendu du métro, Youppi est descendu aussi. J’ai ralenti mes pas, je voulais pas me sentir suivi. Il m’a dépassé, pis c’est moi qui me suis retrouvé à le suivre. J’avais le cœur qui débattait. On a marché un derrière l’autre comme ça pendant un bout de temps. Quand je l’ai vu entrer dans l’appart juste à côté du mien, j’ai eu envie de vomir. J’avais une mascotte comme voisin.

Je suis entré dans mon appart, tout à l’envers. Moi j’étais à l’envers, l’appart aussi. J’ai crié : Lucie, mon amour, t’es où ? Pas de réponse. Je suis entré dans la chambre, pis sur mon lit, y’avait….

(C’est un dernier choix pour vous.)

Lucie en déshabillé sexy
Une enveloppe avec mon nom écrit dessus